LECTURE DE LA SAGA

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Il en sera de même pour Fantasmaginaire 2, 3, 4 et 5.

mercredi 2 avril 2014

F2 épisodes 1, 2

                     





                         FANTASMAGINAIRE 2
                  ( Les naufragés du Bouchtrou)

Ce récit n’est pas l’histoire officielle relatée par le comité des historiens du territoire Végétateur dont Jack Klak est propriétaire d’un exemplaire. Vous comprendrez que les survivants ne pouvaient tout révéler aux chroniqueurs et ont raconté leur aventure en ne témoignant que du parcours historique. Même s’il porte le même titre, le récit que vous allez lire a été réécrit plus tard à titre privé par un des protagonistes authentifiant plus en détail l’aventure qu’il avait vécue.

  Episode 1
                                                
 EMBARQUEMENT.

J’avais tellement envie d’ailleurs, de sillonner l’océan central de notre petit univers. J’étais attiré par cette immense étendue d’aventures, j’avais l’attrait d’être balancé, éclaboussé de cette eau violette qui aux crêtes de ses vagues, quand il y a tempête, se coiffe d’écume turquoise. On racontait tant d’histoires dans les tavernes des ports. Déboires, naufrages, abordages, pillages, blessures, la mort, mais à qui survivait et persévérait, la réussite du grand souhait et c’était bien de cela qu’il s’agissait avant tout. Ce grand souhait, s’il faut le nommer ainsi… Ce grand souhait nous serrait les trippes, nous excitait parce qu’on savait qu’il ne pourrait s’éclore ni survivre caché sur notre bout de terre.
Evidement, chacune, chacun d’entre nous possède son insolite petit désir, mais certains réclament un autre lieu, une autre complicité et c’était mon cas.
Dans notre petit monde à nous les Végétateurs de naissance, notre territoire est le socle d’une vie ordinaire où le bonheur d’une relation simple satisfaisait ceux qui désirent y demeurer. Pour quelques autres, l’enchantement était à Fantasmaginaire impérial et uniquement là car leurs désirs particuliers ne pourraient y trouver d’épanouissement ailleurs. Rien d’anormal, il en était ainsi depuis le début de notre monde.
Rester ou partir, c’était le choix que nous donnait la majorité. J’étais de celles et ceux qu’une  différente flamme brulait et je n’avais d’autre envie que m’embarquer afin d’en faire un grand feu. Je laissais derrière moi mes parents et aussi quelques infortunés copains et amis qui malgré un désir, n’oseraient braver les dangers de l’océan. Pour certains d'entre eux, un élément de leur existence deviendra peut-être une frustration.
Celles et ceux qui ne partaient pas restaient des Végétateurs. Une vie de labeur sans histoire…. Le temps qui passe à contempler les jours, à regarder les enfants grandir et parfois les voir partir comme moi. Une existence qui n’était pas dépourvue de plaisir et de bonheur, mais elle ne pouvait convenir à tous et surtout s’accommoder de trop de particularité.
 Pour moi rester signifiait dormir mes nuits et petit à petit sentir mes pieds s’accrocher en terre comme les racines d’un arbre jusqu’à ce qu’un jour le vent me couche.
Celles et ceux qui s’aventuraient sur l’océan, devenaient des Vagalâmeurs. Un intervalle de vie de quête et d’aventures dangereuses et souvent courtes, mais avec un peu de chance et de témérité, la récompense d’enfin vivre et courir sur les pelouses de son jardin secret là où allaient s’épanouir les fleurs de nos fantasmes.
Chacun avait une bonne raison de partir ou rester et j’avais choisit de larguer les amarres car je ne voulais pas d’une destinée sans goûter ce plaisir secret qui veillait à l’ombre de moi.  Aujourd’hui j’étais majeur et je décidais de quêter la lumière pour allumer mon désir.
Je n’étais pas seul à presser le pas vers le port. D’autres, comme moi fraîchement majeurs suivaient le pavé usé qui conduisait vers l’océan. Ils n’étaient pas différents. Chacune et chacun avaient son souhait, chacune et chacun avaient l’espoir qu’une Inquêtrice ou qu’un Inquêteur leur tendrait la main pour les conduire à Fantasmaginaire impérial.
Tout cela parait d’une grande simplicité mais pour monter sur le pont d’un navire avoir un souhait ne suffisait pas. Celui là devait être fort et sincère et Il fallait qu’il ne puisse ni se révéler ni s’épanouir sur la terre des Végétateurs, sinon, à quoi bon s’embarquer et risquer sa vie. Les plaisanciers n’existaient pas dans notre pays Végétateur !

A chaque porte des quais, un Chym veillait à ce qu’aucun sans un singulier souhait et une solide motivation ne puisse mettre un pied sur le pont d’un navire.
Le Chym était la dépouille d’un vagalâmeur mort de vieillesse sans jamais avoir fait la rencontre d’une Inquêtrice ou d’un Inquêteur. Mourir de vieillesse en étant embarqué était une chose plutôt rare tant l’unique océan de notre monde était périlleux et truffé de pièges. C’est sans doute pour cela que leurs corps tout secs et ridés étaient condamnés à rester assis à l’entrée des quais jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un autre malchanceux et jouir enfin du repos éternel. Ils étaient les gardiens de l’accès à la flotte et à toutes les nouvelles et tous les nouveaux majeurs qui n’avaient pas de souhait assez spécifique et puissant, il les marquait d’une odeur épouvantable. Si puantes qu’aucun navire ne les acceptait. L’odeur ne restait qu’une journée, juste histoire de décourager les prétendants à l’aventure qui n’avaient pas cet essentiel bagage.
Pas besoin de leur parler, il suffisait simplement de passer devant et le Chym savait parfaitement déceler votre secrète convoitise même dissimulée au plus profond de votre esprit. Il ne fallait surtout pas espérer les tromper avec quelques filtres ou astuces vendus par des arnaqueurs qui pullulaient dans les ports de notre contrée car ceux qui avaient eut cette illusion en avaient payé le prix fort.
Pour avoir tenté de tricher, ils étaient imprégnés de l’horrible puanteur à vie et devaient vivre à l’écart de tous. Alors, ils n’avaient d’autre choix que s’enraciner ensemble au bout de notre terre, dans l’ombre des ravins qui marquent la fin de tout.

Je l’avoue, je n’étais pas rassuré en allant vers le port de Galoban. Le Chym était là adossé sur le mur de granit, il me regardait m’approcher avec ses yeux tout jaune sans iris ni pupille. Ses habits avaient depuis peu été rafistolées par de bonnes âmes, les coutures étaient de fils neufs et tranchaient avec les étoffes délavées et râpées. Jadis, il devait avoir eut quelques bonnes fortune en mer, son chapeaux portait encore de rares broderies d’or et autour de son cou décharné, pendait un gros diamant rose. Mon cœur s’emballait et je ne cessais de me répéter « Et si le Chym ne trouvais pas mon fantasme assez fort ? »
 A mon passage il me saisit le bras de ses doigts craquants d’os.

-        Holà jeune homme ! me fit-il de sa voix déglinguée et musicalement désaccordée.

Mon souffle était suspendu et mon estomac pesant telle qu’une masse de plomb aurait roulée au fond. Ce n’est pas l’infecte odeur momentanée que je craignais mais que mon rêve d’évasion, d’aventure et de réaliser mon désir soit anéanti.

-        J’en ai connu il y a fort longtemps sur mes navires qui avaient la même quête que toi beau garçon. Ricanait le Chym en montrant le fond de sa bouche sans dent.

-        Ah ? Ah bon ! Et… Et ils ont réussi ? Que je bafouillais en me forçant d’un sourire.

Le Chym hochait la tête mais je ne pouvais savoir si le mouvement était positif ou négatif tant son cou désarticulé ne contrôlait plus les mouvements.

-        Je crois que oui pour quelques uns  mais les autres, Ha, ha, ha, ha ! Rigolait-il.

-        Les autres… que sont-ils devenus ?

-        Il y en a un qui a été coupé en deux d’un coup de sabre pendant un abordage. Un autre, quelques années plus tard, qui a été dévoré par des lapins de mer et une a disparu dans le port de Saldimanche… Enlevé sans doute pour être vendu comme esclave ou comme viande. Ne prends pas ces histoires pour argent comptant jeune homme, c’est simplement de l’histoire, oui des banalités Ha, ha, ha, ha ! La réalité n’est pas bien différente car une fois sur l’océan les dangers sont autant que les mouches sur un cadavre ! Ha, ha, ha ! L’osque tu auras embarqué tu ne pourras plus revenir en arrière ; le sais-tu ?

-        Oui monsieur le Chym…. Je…. Je le sais. Que je lui répondais pas trop fier.

Il me tourna pour que je lui présente mon dos.

-        Tu as de belles fesses  jeune homme, c’est un bon atout pour attirer une princesse.

Mon visage s’est embrassé de rougeur. Il est vrai que mon pantalon de toile bleue coupé juste au dessous des genoux était légèrement moulant. C’était la mode chez les vagalâmeurs et Végétateurs.

-        Vous dites une princesse ? M’étonnais-je amusé.

-        Ne fais pas l’idiot garçon, je sais ton désir et tu le veux dans le confort et non dans une masure.

-        Heu… Oui bien sûr, de préférence dans un endroit bien.

-        Je vais te laisser passer jeune homme, me dit-il, mais un conseil ; ton souhait n’en parle pas aux autres Vagalâmeurs même si ça te démange entre les jambes. Les Vagalâmeurs sont des concurrents, si tu te dévoiles ils s’en amuseront et tu n’en tireras aucune satisfaction. Toi, à l’inverse, ne te mêle pas des désirs des autres. Autre chose jeune homme, choisit un bon bateau bien armé car une fois en dehors des eaux du port, la vie est dure et la mort facile. Il n’y a pas assez de place pour les souhaits de tous les Vagalâmeurs alors parfois, entre navire du même camp vous vous entretuez pour qu’il en reste le moins possible, ça augmente les chances. Tu comprends, il n’y a pas beaucoup d’inquêtrice et d’inquêteur, c’est la règle de l’offre et la demande ha, ha, ha ! Rigolait-il si fort que quelques lambeaux de peau tout secs se décrochaient de son visage.

-        Monsieur le Chym, comment je vais faire pour reconnaitre mon Inquêtrice ?

-        Tu n’as rien à faire, si ton désir reste toujours aussi solide, c’est elle qui te reconnaîtra. Une fois dépassé le phare, tu ne seras plus chez nous mais tu y rencontreras tous les autres. Les Crèvesueurs qui, si tu tombes entre leurs mains, te feront esclaves pour leurs manufactures, les Creuztatombs qui pillent, exterminent les équipages et coulent les navires par plaisir. Les Entoqués qui sont des cannibales, les Kidnapingres qui font des prisonniers pour les vendre aux Entoqués ou aux Crèvesueurs et enfin ceux qui t’intéressent, les Inquêtrices et les Inquêteurs qui recherchent les Fantasmes des Vagalâmeurs. Ceux là n’ont pas de marine. Ils sont sur tous les navires des autres et ne cherchent que la ou le Vagalâmeur qui les intéresse. Vos querelles et tueries ne les captivent pas et d’ailleurs ils n’interviennent jamais. Maintenant il est temps que tu déniches un bateau car dans moins de deux heures les navires à quai vont partir.

La main du Chym libéra mon avant bras. Malgré sa mise en garde et les dangers que j’allais rencontrer, j’étais heureux, mon souhait était assez fort et je n’avais d’yeux que pour les navires amarrés.
Je n’étais évidement pas seul, il y avait plusieurs autres nouveaux Vagalâmeurs des deux sexes qui haranguaient les officiers pour se faire embarquer. L’un deux, un grand tout sec était assis sur un paquet de cordage en se tenant la tête dans les mains.

-        Ça ne va pas ? Lui demandais-je.

Il releva son regard triste.

-        Personne ne veut de moi ! Me répondit-il.

-        Ha bon, les équipages sont déjà complets ? M’affolais-je.

-        Non, c’est parce que je suis trop grand. Me dit-il en se levant.

Effectivement, ce gars, une fois déplié, me dépassait d’au moins 60 ou 70 centimètres.

-        Whaaa ! mais quelle taille as-tu donc ? Etais-je impressionné par le gaillard.

-        Deux mètres et trente deux centimètres ! M’indiqua-t-il d’un ton comme si cette mesure était une malformation. Les plafonds des bateaux sont trop bas me disent-ils tous. Ajouta-t-il.

-        Mais alors, que vas-tu faire si tu ne peux embarquer ?

-        Un capitaine m’a dit qu’il fallait que j’attende le Kolossderod ou l’Empirstattbuldigue. Parait que ce sont des bâtiments faits pour les grands. Mais voilà, je ne sais quand ils reviendront au port si toutefois ils reviennent.

Comme je ne pouvais lui poser une main réconfortante sur l’épaule à moins d’avoir un marchepied, je me contentais d’une amicale petite tape sur ses cotes.

-        Ne désespère pas, je suis certain que dans quelques jours ce sera ton tour. Je suis désolé ; il faut que je te laisse sinon je vais rater le départ. Au cas où je ne trouve rien, je reviendrais ici et nous attendrons ensemble les prochains retours.

Le grand me fit un signe de la main en me souhaitant bonne chance. Les deux premiers bateaux avaient mis en travers de la coupée une chaîne et une pancarte indiquant « Complet ». Du haut de la dunette du troisième, le capitaine d’un signe me demanda d’aller voir plus loin. Le quatrième, du nom de Padepo, m’accueillait à bras ouvert mais le bâtiment était vieux et en mauvais état. Sa coque portait les stigmates de combats et était reprisée de partout. L’armement était réduit et il ne disposait pour sa propulsion que d’un seul souffleur ; l’équipage n’avait pas fait fortune au point de restaurer convenablement son navire. Fort de ce que m’avait conseillé le Chym, je passais mon chemin au grand regret du peu d’équipage qui me promettait tout un tas de bonnes choses si je m’embarquais avec eux.
Le huitième navire était pimpant ; une frise d’argent massif ornait toute la longueur de la coque et l’armement semblait copieux. Un vieux bâtiment qui venait d’être rénové et modernisé. Je montais à bord, une femme officier se tenait à côté de l’homme de garde.

-        Bonjour madame je…

-        Capitaine en second ! Me coupa-t-elle sèchement.

-        Bonjour madame la capitaine en second ! Je viens pour signer un embarquement.

L’officier m’inspecta de la tète aux pieds et tâta mes biceps.

-        Tu es bien mignon mon garçon, mais tu manques un peu de muscle ; nous avons besoin de deux solides boscos. Pas de place pour toi à bord, va voir plus loin ! Me renvoya-t-elle.

Il y avait déjà plus d’une demi-heure que j’allais de navire en navire sans décrocher le moindre enrôlement. Le bout du quai était proche, il ne restait que deux bâtiments et déjà les équipages se préparaient à larguer les amarres.
C’est le capitaine du Bouchtrou qui m’a accepté en supplément alors que, me disait-il, son équipage était au maximum. Je fus affecté aux venteurs. Ce navire était très connu car il était le plus ancien de la marine Vagalâmeur. Il ne lui restait pratiquement rien d’origine car il avait été souvent renouvelé dans les chantiers de Galoban ce qui en faisait un des bâtiments les plus modernes de la flotte.



Avant de poursuivre ce récit,  faudrait quand même que je vous explique ce qu’est un venteur !
Les navires fonctionnent tous à la voile mais, s’il y a parfois du vent sur les terres il n’y en a jamais au niveau de la mer. Au dessus de notre unique océan, le vent souffle qu’en altitude sauf quand il y a une tempête et celles-ci sont courtes, mais violentes. Alors, pour alimenter la voile en vent on se sert de Ventilettes. Les Ventilettes sont de grosses libellules d’une vingtaine de centimètre d’envergure qui en remuant les ailes, produisent un puissant mouvement d’air. Bien entendu pas assez fort pour gonfler une voile mais lorsqu’on multiplie leur nombre on obtient le souffle nécessaire.
Les Ventilettes sont enfermées dans un gros globe de cristal qui se prolonge par un tube dont le diamètre se rétréci puis s’évase juste derrière la voile. Le battement des ailes produit, tel un ventilateur, un mouvement d’air qui s’échappe du globe par le conduit et monte en pression par l’étranglement jusqu’à être pulsé par l’évent dans la voile. Suivant la vitesse qu’on veut atteindre, on ajoute ou on ôte des Ventilettes.
Pour exciter les insectes afin qu’ils battent continuellement leur ailes, on fait tourner autour du globe de cristal un faux Khon empaillé qui est le rapace prédateur des Ventilettes.
Mon rôle, à bord de ce navire sera donc de m’occuper de la bonne marche des deux venteurs qui alimenteront les deux voiles. Je suis sous les ordres du premier maître Rolin, un Vagalâmeur qui navigue depuis trois ans déjà. A la machinerie, nous sommes quatre nouveaux, deux jeunes femmes et deux jeunes hommes.
Sur le pont c’est le branle-bas et en dessous, le premier maître Rolin nous met à la tâche. Une centaine de ventilettes par globe, on ouvre les vannes et le tourniquet compte les entrées d’insectes. Le faux Khon est manipulé par le second maître Garle. Les Ventilettes s’excitent et virevoltent dans le globe. On entend distinctement le bruit des ailes et la pression d’air passer dans le tube. Le navire décroche du quai et mon cœur s’emballe de joie. Enfin voilà ce que j’attendais depuis des années. L’océan s’ouvre à moi et vers l’horizon une Inquêtrice m’attend  afin d’exaucer mon désir et le sien. Heureux certes, mais je ne suis pas sans ignorer que je risque de ne trouver que la mort ou l’esclavage. Qu’importe, la seule pensée de rester à terre et m’enraciner lentement sans avoir jamais concrétisé mon fantasme me donne le courage de tout affronter. Faut-t-il spécifier que si une Inquêtrice me tend la main c’est qu’elle aura deviné en moi son parfait complément. Ainsi les heureux élus une fois rendus sur le territoire impérial de Fantasmaginaire, seront définitivement unis avec leur Inquêtrice ou Inquêteur et vivront tout deux leurs vies et leur fantasme sans vieillir. Tous les Végétateurs le savent, il n’y a nulle part autant d’égale qu’avec une Inquêtrice ou un Inquêteur. C’est la finalité de notre quête et pour elle nous bravons tous les périls sachant que sur l’océan, la vie ne tient qu’a un fil.

Par l’ouverture d’un sabord je voyais le port s’éloigner et sur le bout du quai le trop grand Vagalâmeur nous faire des signes d’au revoir.



 Episode 2

  Le grand large.

Tous les navires ont mis le cap sur l’horizon et déjà, à peine doublé le phare qui marque la fin du territoire Végétateurs que quelques coups de canon se font entendre.
Rolin me pousse du sabord pour regarder.

-        C’est le Hoturié et le Butenblan qui s’envoient de la fonte ! Fait-il en rigolant.

-        M’étonne pas, ils ne peuvent pas se sentir les deux capitaines. Rajoute le second maître tout en continuant à manipuler le faux Khon.

-        Mais pourquoi ? Demandais-je curieux de connaitre les raison de cette querelle fratricide.

-        Une vieille histoire ; le capitaine du Butenblan lorsqu’il était second sur le Hoturié avait arrangé une mutinerie qui s’était terminée par le tribunal et l’interdiction pour le capitaine de reprendre un commandement pendant un an. Depuis il en veut à mort à son ex second devenu capitaine du Butenblan. M’instruisit le second maître.

-        Le Butenblan est dématté ! s’écrit Rolin avec joie. Il doit retourner au port pour réparer. Ha, ha, ha ! un de moins.

-        Et nous on ne risque pas la même mésaventure ? Questionnais-je.

-        Non, Le bouchtrou est puissant. Ça freine les ardeurs des concurrents. Rigola-t-il.

Nous naviguions depuis deux heures, j’étais de quart et je devais faire tourner toutes les 30 minutes les gros camemberts de graines pour les empêcher de coller et pourrir. C’est la nourriture des Ventilettes alors il est très important qu’elle soit de bonne qualité.
Le capitaine est descendu à la machinerie pour instruire les quatre nouveaux Vagalâmeurs.

-        Vous n’ignorez pas, nous dit-il, que chaque campagne est un combat permanent. Pour trouver les Inquêteurs il nous faut livrer bataille contre les navires ennemis. Vous allez donc apprendre rapidement à manier le sabre et le fusil.

 Il nous indiqua aussi que si ont peut parfois se battre entre navires concurrents on ne peut le faire entre Vagalâmeurs du même équipage. Il nous instruisit également que la discipline à bord était stricte et que tout manquement au règlement était sanctionné de punitions et de châtiments corporels.
Je ressentis un doux frisson me remonter la colonne vertébrale mais je savais, par les nombreux témoignages écoutés dans les tavernes du port, que les punitions n’avaient rien d’agréables même pour un gars comme moi.

Petit à petit, la lumière du ciel baissait d’intensité, dans moins d’une heure la nuit sera totale.

Nous étions répartis par petites chambrée de quatre et bien entendu, les nouveaux ensembles. Jéon et Glodine étaient de quart et dans notre tout petit espace ils ne restaient donc que Dorine et moi.
Tous les deux nous sommes assis sur le parquet entre les bannettes.

-        Tu viens d’où ? M’interrogea Dorine.

-        De Kaspié à 15 kilomètres au nord du port de Galoban. Et toi ?

-        De Tairose à l’ouest. Tu es content d’avoir embarqué ?

-         Ho bien sûr, j’en rêvais depuis très longtemps ! Et toi ?

-        Pareil, mais mes parents n’étaient pas d’accord. Ils me disaient que les histoires de souhaits à réaliser n’étaient que légendes et qu’il valait mieux être des Végétateurs, comme eux. J’espère qu’ils ont tord ! Me racontait-elle.

-        Ben… Jamais un Vagalâmeur qui à réussi sa quête n’est revenu pour en témoigner. Mais d’après ce que disent certains, ils seraient très heureux à Fantasmaginaire impérial. Relatais-je.

-        Pourquoi les Vagalâmeurs qui y sont parvenu ne reviennent jamais à Galoban nous le témoigner de vive voix ? Interroge-t-elle avec un fond de voix soupçonneux.

-        Je l’ignore… Je crois que comme ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient, rien ne peut les faire revenir sur la terre des Végétateurs. Peut-être ont-ils peur, s’ils reviennent, que des racines poussent à leurs pieds et les empêchent de repartir ? Plaisantais-je.

-        Tu as peut-être raison. Me dit-elle avec un large sourire.

-        Dormons un peu, nous sommes de quart dans moins de 3 heures.

C’est l’homme de garde qui nous à secoué pour que Dorine et moi allions prendre la relève aux venteurs. Pour tous les nouveaux comme nous, c’était une autre façon de vivre. Les quarts, les postes de nettoyages, les postes de manœuvre et de combats sans jamais une nuit complète.
A minuit, nous avons donc relevé Jéon et Glodine. Le navire était en vitesse de croisière et notre rôle, à moins d’un ordre différent, était de maintenir l’allure. Dans ces conditions, le travail était plutôt tranquille. Nous changions les Ventilettes toutes les heures et toutes les trente minutes nous donnions quelques tours au camembert à graines. Le quartier maître… Ou plutôt la quartier maître Lilote était assez sympathique. Ça faisait bientôt une année qu’elle naviguait sans avoir encore trouvé son Inquêteur. A son épaule droite, une entaille cicatrisée témoignait d’une rude escarmouche. Elle nous racontait d’ailleurs que depuis qu’elle était sur le Bouchtrou, elle avait vécu huit abordages et douze combats navals, que le Bouchtrou et son équipage avaient repoussé ou gagné. Elle nous disait également qu’une centaine de Vagalâmeurs y avaient laissé la vie et qu’un bon nombre d’autres étaient gravement mutilés. C’est étrange comme cette dramatique perspective nous laissait froid. Sans doute que seul le souhait à réaliser, s’il se concrétisait par la rencontre d’une Inquêtrice ou d’un Inquêteur, donnerait à notre vie sa réelle valeur et que le reste pesait moins lourd dans la balance.
4 heures du matin, c’est  Rolin et les mécaniciens Drule et Saline qui nous ont relevés. Pour Dorine et moi, c’est dodo jusqu’à 7 heures.

Le soleil s’engluait dans les brumes matinales. Lorsque Jéon, Glodine, Dorine et moi sortions sur le pont avec le capitaine d’arme pour une leçon de sabre, il régnait une ambiance plutôt joyeuse au long du pavois tribord. Tous les marins de pont y étaient. Nous nous approchions pour voir ce qui les intéressait tant. Sur l’eau calme flottaient quelques débris de navire.

-        C’est le Padepo ! S’écria Rikoché !

-        Tu as raison, c’est bien le Padepo, je reconnais son liston ! Adjoint le lieutenant de vaisseau Roupiye en montrant un morceau de coque flottant. Apparemment, aucun survivant. Ajouta-t-il en faisant un tour d’horizon.

Le capitaine arriva à son tour, les hommes et femmes d’équipage s’écartèrent pour lui laisser la place.

-        Pas de doute, c’est bien le Padepo. Peut-être est-il tombé sur des Creuztatombs ou des Entoqués. Conclu le capitaine sans certitude.

-        Moi j’crois plutôt qu’il était tellement pourri qu’il à sombré tout seul ! Ricana le maître bosco.

-        C’est possible mais j’en doute… Vu les débris, ils ont été proprement canardé. répondit le capitaine, paix à leurs âmes. Lieutenant, dîtes aux veilleurs de redoubler de vigilance on ne sait jamais. Commanda-t-il.

Moi de mon coté je soufflais de soulagement. Dire que le capitaine et l’équipage du Padepo m’achetaient de promesse pour que je monte à  bord de leur bateau… Et bien si j’avais cédé à leurs sirènes, en ce moment je serais déjà dans l’estomac d’un lapin de mer ou le corps déchiqueté par la mitraille.
La récréation était terminée, les officiers donnaient des ordres. Le capitaine d’arme nous conduisit au gaillard d’avant pour nous instruire au maniement du sabre. Pour le moment, l’initiation se faisait avec des armes en bois mais, nous annonça l’officier, bientôt nous apprendrons avec les vrais.
A 12 heures Dorine et moi reprenions le quart. Toujours en vitesse de croisière, ce qui nous donnait le temps de papoter un peu avec Lilote.

-        Le capitaine est jeune ? Questionna Dorine.

-        Il a remplacé l’ancien depuis sept mois. Nous apprit le quartier maître. Mais il est bon aussi ! ajouta-t-elle comme pour nous rassurer.

-        Et l’autre qu’est-il devenu ? Lui demandais-je.

-        Il s’est pendu pour ne pas devenir un Chym. Ça faisait plus de cinquante cinq ans qu’il parcourait l’océan et jamais il n’a trouvé son Inquêtrice ou son Inquêteur. Alors désespéré, il à mis fin à ses jours de la seule façon possible pour ne pas être un Chym, car vous savez qu’on le devient que si on meurt de vieillesse.

A ce moment là, un premier maître descendit en machinerie pour nous annoncer qu’à 18 heures il y aurait spectacle sur le pont principal. Felanie, nous disait-il, allait être puni pour n’avoir pas relevé le barreur à l’heure.
L’homme grimaça comme pour indiquer qu’elle n’allait pas passer un bon moment et remonta sur le pont.

-        C’est quoi la punition ? Demanda Dorine.

-        C’est difficile à dire, c’est le capitaine qui décide mais en toute logique c’est du niveau 3.  Peut-être vingt ou trente coups de martinet sur les fesses nues. Répondit Lilote.

-        Fesses nues, ça ce n’est pas génial pour la punie mais vingt ou trente coups, ce n’est pas bien méchant. Que j’estimais en faisant tourner les camemberts.

-        C’est parce que tu n’as pas encore vu le martinet ! Me rétorqua Lilote en secouant sa main De haut en bas.

2 commentaires:

  1. Bonsoir Mike !

    Toujours aussi coloré vos récits. Et l'illustration nous fait voyager. Tout le talent des dessinateurs... Et les dessins qui accompagnent votre présent récit m'ont fait repenser à l'album de Tintin à la recherche du trésor de ses ancêtres dans " le trésor de Rackham le Rouge" , avec la "croisière " en mer et les détails de leur navire "le Sirius". Bravo. Toujours la ligne claire, fidèle à Hergé. Merci Mike. Peter Pan.

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  2. Si ce deuxième volet vous passionne et vous fait rêver, je ne peux que m'en réjouir.

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