LECTURE DE LA SAGA

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mercredi 2 avril 2014

F2 épisodes 1, 2

                     





                         FANTASMAGINAIRE 2
                  ( Les naufragés du Bouchtrou)

Ce récit n’est pas l’histoire officielle relatée par le comité des historiens du territoire Végétateur dont Jack Klak est propriétaire d’un exemplaire. Vous comprendrez que les survivants ne pouvaient tout révéler aux chroniqueurs et ont raconté leur aventure en ne témoignant que du parcours historique. Même s’il porte le même titre, le récit que vous allez lire a été réécrit plus tard à titre privé par un des protagonistes authentifiant plus en détail l’aventure qu’il avait vécue.

  Episode 1
                                                
 EMBARQUEMENT.

J’avais tellement envie d’ailleurs, de sillonner l’océan central de notre petit univers. J’étais attiré par cette immense étendue d’aventures, j’avais l’attrait d’être balancé, éclaboussé de cette eau violette qui aux crêtes de ses vagues, quand il y a tempête, se coiffe d’écume turquoise. On racontait tant d’histoires dans les tavernes des ports. Déboires, naufrages, abordages, pillages, blessures, la mort, mais à qui survivait et persévérait, la réussite du grand souhait et c’était bien de cela qu’il s’agissait avant tout. Ce grand souhait, s’il faut le nommer ainsi… Ce grand souhait nous serrait les trippes, nous excitait parce qu’on savait qu’il ne pourrait s’éclore ni survivre caché sur notre bout de terre.
Evidement, chacune, chacun d’entre nous possède son insolite petit désir, mais certains réclament un autre lieu, une autre complicité et c’était mon cas.
Dans notre petit monde à nous les Végétateurs de naissance, notre territoire est le socle d’une vie ordinaire où le bonheur d’une relation simple satisfaisait ceux qui désirent y demeurer. Pour quelques autres, l’enchantement était à Fantasmaginaire impérial et uniquement là car leurs désirs particuliers ne pourraient y trouver d’épanouissement ailleurs. Rien d’anormal, il en était ainsi depuis le début de notre monde.
Rester ou partir, c’était le choix que nous donnait la majorité. J’étais de celles et ceux qu’une  différente flamme brulait et je n’avais d’autre envie que m’embarquer afin d’en faire un grand feu. Je laissais derrière moi mes parents et aussi quelques infortunés copains et amis qui malgré un désir, n’oseraient braver les dangers de l’océan. Pour certains d'entre eux, un élément de leur existence deviendra peut-être une frustration.
Celles et ceux qui ne partaient pas restaient des Végétateurs. Une vie de labeur sans histoire…. Le temps qui passe à contempler les jours, à regarder les enfants grandir et parfois les voir partir comme moi. Une existence qui n’était pas dépourvue de plaisir et de bonheur, mais elle ne pouvait convenir à tous et surtout s’accommoder de trop de particularité.
 Pour moi rester signifiait dormir mes nuits et petit à petit sentir mes pieds s’accrocher en terre comme les racines d’un arbre jusqu’à ce qu’un jour le vent me couche.
Celles et ceux qui s’aventuraient sur l’océan, devenaient des Vagalâmeurs. Un intervalle de vie de quête et d’aventures dangereuses et souvent courtes, mais avec un peu de chance et de témérité, la récompense d’enfin vivre et courir sur les pelouses de son jardin secret là où allaient s’épanouir les fleurs de nos fantasmes.
Chacun avait une bonne raison de partir ou rester et j’avais choisit de larguer les amarres car je ne voulais pas d’une destinée sans goûter ce plaisir secret qui veillait à l’ombre de moi.  Aujourd’hui j’étais majeur et je décidais de quêter la lumière pour allumer mon désir.
Je n’étais pas seul à presser le pas vers le port. D’autres, comme moi fraîchement majeurs suivaient le pavé usé qui conduisait vers l’océan. Ils n’étaient pas différents. Chacune et chacun avaient son souhait, chacune et chacun avaient l’espoir qu’une Inquêtrice ou qu’un Inquêteur leur tendrait la main pour les conduire à Fantasmaginaire impérial.
Tout cela parait d’une grande simplicité mais pour monter sur le pont d’un navire avoir un souhait ne suffisait pas. Celui là devait être fort et sincère et Il fallait qu’il ne puisse ni se révéler ni s’épanouir sur la terre des Végétateurs, sinon, à quoi bon s’embarquer et risquer sa vie. Les plaisanciers n’existaient pas dans notre pays Végétateur !

A chaque porte des quais, un Chym veillait à ce qu’aucun sans un singulier souhait et une solide motivation ne puisse mettre un pied sur le pont d’un navire.
Le Chym était la dépouille d’un vagalâmeur mort de vieillesse sans jamais avoir fait la rencontre d’une Inquêtrice ou d’un Inquêteur. Mourir de vieillesse en étant embarqué était une chose plutôt rare tant l’unique océan de notre monde était périlleux et truffé de pièges. C’est sans doute pour cela que leurs corps tout secs et ridés étaient condamnés à rester assis à l’entrée des quais jusqu’à ce qu’il soit remplacé par un autre malchanceux et jouir enfin du repos éternel. Ils étaient les gardiens de l’accès à la flotte et à toutes les nouvelles et tous les nouveaux majeurs qui n’avaient pas de souhait assez spécifique et puissant, il les marquait d’une odeur épouvantable. Si puantes qu’aucun navire ne les acceptait. L’odeur ne restait qu’une journée, juste histoire de décourager les prétendants à l’aventure qui n’avaient pas cet essentiel bagage.
Pas besoin de leur parler, il suffisait simplement de passer devant et le Chym savait parfaitement déceler votre secrète convoitise même dissimulée au plus profond de votre esprit. Il ne fallait surtout pas espérer les tromper avec quelques filtres ou astuces vendus par des arnaqueurs qui pullulaient dans les ports de notre contrée car ceux qui avaient eut cette illusion en avaient payé le prix fort.
Pour avoir tenté de tricher, ils étaient imprégnés de l’horrible puanteur à vie et devaient vivre à l’écart de tous. Alors, ils n’avaient d’autre choix que s’enraciner ensemble au bout de notre terre, dans l’ombre des ravins qui marquent la fin de tout.

Je l’avoue, je n’étais pas rassuré en allant vers le port de Galoban. Le Chym était là adossé sur le mur de granit, il me regardait m’approcher avec ses yeux tout jaune sans iris ni pupille. Ses habits avaient depuis peu été rafistolées par de bonnes âmes, les coutures étaient de fils neufs et tranchaient avec les étoffes délavées et râpées. Jadis, il devait avoir eut quelques bonnes fortune en mer, son chapeaux portait encore de rares broderies d’or et autour de son cou décharné, pendait un gros diamant rose. Mon cœur s’emballait et je ne cessais de me répéter « Et si le Chym ne trouvais pas mon fantasme assez fort ? »
 A mon passage il me saisit le bras de ses doigts craquants d’os.

-        Holà jeune homme ! me fit-il de sa voix déglinguée et musicalement désaccordée.

Mon souffle était suspendu et mon estomac pesant telle qu’une masse de plomb aurait roulée au fond. Ce n’est pas l’infecte odeur momentanée que je craignais mais que mon rêve d’évasion, d’aventure et de réaliser mon désir soit anéanti.

-        J’en ai connu il y a fort longtemps sur mes navires qui avaient la même quête que toi beau garçon. Ricanait le Chym en montrant le fond de sa bouche sans dent.

-        Ah ? Ah bon ! Et… Et ils ont réussi ? Que je bafouillais en me forçant d’un sourire.

Le Chym hochait la tête mais je ne pouvais savoir si le mouvement était positif ou négatif tant son cou désarticulé ne contrôlait plus les mouvements.

-        Je crois que oui pour quelques uns  mais les autres, Ha, ha, ha, ha ! Rigolait-il.

-        Les autres… que sont-ils devenus ?

-        Il y en a un qui a été coupé en deux d’un coup de sabre pendant un abordage. Un autre, quelques années plus tard, qui a été dévoré par des lapins de mer et une a disparu dans le port de Saldimanche… Enlevé sans doute pour être vendu comme esclave ou comme viande. Ne prends pas ces histoires pour argent comptant jeune homme, c’est simplement de l’histoire, oui des banalités Ha, ha, ha, ha ! La réalité n’est pas bien différente car une fois sur l’océan les dangers sont autant que les mouches sur un cadavre ! Ha, ha, ha ! L’osque tu auras embarqué tu ne pourras plus revenir en arrière ; le sais-tu ?

-        Oui monsieur le Chym…. Je…. Je le sais. Que je lui répondais pas trop fier.

Il me tourna pour que je lui présente mon dos.

-        Tu as de belles fesses  jeune homme, c’est un bon atout pour attirer une princesse.

Mon visage s’est embrassé de rougeur. Il est vrai que mon pantalon de toile bleue coupé juste au dessous des genoux était légèrement moulant. C’était la mode chez les vagalâmeurs et Végétateurs.

-        Vous dites une princesse ? M’étonnais-je amusé.

-        Ne fais pas l’idiot garçon, je sais ton désir et tu le veux dans le confort et non dans une masure.

-        Heu… Oui bien sûr, de préférence dans un endroit bien.

-        Je vais te laisser passer jeune homme, me dit-il, mais un conseil ; ton souhait n’en parle pas aux autres Vagalâmeurs même si ça te démange entre les jambes. Les Vagalâmeurs sont des concurrents, si tu te dévoiles ils s’en amuseront et tu n’en tireras aucune satisfaction. Toi, à l’inverse, ne te mêle pas des désirs des autres. Autre chose jeune homme, choisit un bon bateau bien armé car une fois en dehors des eaux du port, la vie est dure et la mort facile. Il n’y a pas assez de place pour les souhaits de tous les Vagalâmeurs alors parfois, entre navire du même camp vous vous entretuez pour qu’il en reste le moins possible, ça augmente les chances. Tu comprends, il n’y a pas beaucoup d’inquêtrice et d’inquêteur, c’est la règle de l’offre et la demande ha, ha, ha ! Rigolait-il si fort que quelques lambeaux de peau tout secs se décrochaient de son visage.

-        Monsieur le Chym, comment je vais faire pour reconnaitre mon Inquêtrice ?

-        Tu n’as rien à faire, si ton désir reste toujours aussi solide, c’est elle qui te reconnaîtra. Une fois dépassé le phare, tu ne seras plus chez nous mais tu y rencontreras tous les autres. Les Crèvesueurs qui, si tu tombes entre leurs mains, te feront esclaves pour leurs manufactures, les Creuztatombs qui pillent, exterminent les équipages et coulent les navires par plaisir. Les Entoqués qui sont des cannibales, les Kidnapingres qui font des prisonniers pour les vendre aux Entoqués ou aux Crèvesueurs et enfin ceux qui t’intéressent, les Inquêtrices et les Inquêteurs qui recherchent les Fantasmes des Vagalâmeurs. Ceux là n’ont pas de marine. Ils sont sur tous les navires des autres et ne cherchent que la ou le Vagalâmeur qui les intéresse. Vos querelles et tueries ne les captivent pas et d’ailleurs ils n’interviennent jamais. Maintenant il est temps que tu déniches un bateau car dans moins de deux heures les navires à quai vont partir.

La main du Chym libéra mon avant bras. Malgré sa mise en garde et les dangers que j’allais rencontrer, j’étais heureux, mon souhait était assez fort et je n’avais d’yeux que pour les navires amarrés.
Je n’étais évidement pas seul, il y avait plusieurs autres nouveaux Vagalâmeurs des deux sexes qui haranguaient les officiers pour se faire embarquer. L’un deux, un grand tout sec était assis sur un paquet de cordage en se tenant la tête dans les mains.

-        Ça ne va pas ? Lui demandais-je.

Il releva son regard triste.

-        Personne ne veut de moi ! Me répondit-il.

-        Ha bon, les équipages sont déjà complets ? M’affolais-je.

-        Non, c’est parce que je suis trop grand. Me dit-il en se levant.

Effectivement, ce gars, une fois déplié, me dépassait d’au moins 60 ou 70 centimètres.

-        Whaaa ! mais quelle taille as-tu donc ? Etais-je impressionné par le gaillard.

-        Deux mètres et trente deux centimètres ! M’indiqua-t-il d’un ton comme si cette mesure était une malformation. Les plafonds des bateaux sont trop bas me disent-ils tous. Ajouta-t-il.

-        Mais alors, que vas-tu faire si tu ne peux embarquer ?

-        Un capitaine m’a dit qu’il fallait que j’attende le Kolossderod ou l’Empirstattbuldigue. Parait que ce sont des bâtiments faits pour les grands. Mais voilà, je ne sais quand ils reviendront au port si toutefois ils reviennent.

Comme je ne pouvais lui poser une main réconfortante sur l’épaule à moins d’avoir un marchepied, je me contentais d’une amicale petite tape sur ses cotes.

-        Ne désespère pas, je suis certain que dans quelques jours ce sera ton tour. Je suis désolé ; il faut que je te laisse sinon je vais rater le départ. Au cas où je ne trouve rien, je reviendrais ici et nous attendrons ensemble les prochains retours.

Le grand me fit un signe de la main en me souhaitant bonne chance. Les deux premiers bateaux avaient mis en travers de la coupée une chaîne et une pancarte indiquant « Complet ». Du haut de la dunette du troisième, le capitaine d’un signe me demanda d’aller voir plus loin. Le quatrième, du nom de Padepo, m’accueillait à bras ouvert mais le bâtiment était vieux et en mauvais état. Sa coque portait les stigmates de combats et était reprisée de partout. L’armement était réduit et il ne disposait pour sa propulsion que d’un seul souffleur ; l’équipage n’avait pas fait fortune au point de restaurer convenablement son navire. Fort de ce que m’avait conseillé le Chym, je passais mon chemin au grand regret du peu d’équipage qui me promettait tout un tas de bonnes choses si je m’embarquais avec eux.
Le huitième navire était pimpant ; une frise d’argent massif ornait toute la longueur de la coque et l’armement semblait copieux. Un vieux bâtiment qui venait d’être rénové et modernisé. Je montais à bord, une femme officier se tenait à côté de l’homme de garde.

-        Bonjour madame je…

-        Capitaine en second ! Me coupa-t-elle sèchement.

-        Bonjour madame la capitaine en second ! Je viens pour signer un embarquement.

L’officier m’inspecta de la tète aux pieds et tâta mes biceps.

-        Tu es bien mignon mon garçon, mais tu manques un peu de muscle ; nous avons besoin de deux solides boscos. Pas de place pour toi à bord, va voir plus loin ! Me renvoya-t-elle.

Il y avait déjà plus d’une demi-heure que j’allais de navire en navire sans décrocher le moindre enrôlement. Le bout du quai était proche, il ne restait que deux bâtiments et déjà les équipages se préparaient à larguer les amarres.
C’est le capitaine du Bouchtrou qui m’a accepté en supplément alors que, me disait-il, son équipage était au maximum. Je fus affecté aux venteurs. Ce navire était très connu car il était le plus ancien de la marine Vagalâmeur. Il ne lui restait pratiquement rien d’origine car il avait été souvent renouvelé dans les chantiers de Galoban ce qui en faisait un des bâtiments les plus modernes de la flotte.



Avant de poursuivre ce récit,  faudrait quand même que je vous explique ce qu’est un venteur !
Les navires fonctionnent tous à la voile mais, s’il y a parfois du vent sur les terres il n’y en a jamais au niveau de la mer. Au dessus de notre unique océan, le vent souffle qu’en altitude sauf quand il y a une tempête et celles-ci sont courtes, mais violentes. Alors, pour alimenter la voile en vent on se sert de Ventilettes. Les Ventilettes sont de grosses libellules d’une vingtaine de centimètre d’envergure qui en remuant les ailes, produisent un puissant mouvement d’air. Bien entendu pas assez fort pour gonfler une voile mais lorsqu’on multiplie leur nombre on obtient le souffle nécessaire.
Les Ventilettes sont enfermées dans un gros globe de cristal qui se prolonge par un tube dont le diamètre se rétréci puis s’évase juste derrière la voile. Le battement des ailes produit, tel un ventilateur, un mouvement d’air qui s’échappe du globe par le conduit et monte en pression par l’étranglement jusqu’à être pulsé par l’évent dans la voile. Suivant la vitesse qu’on veut atteindre, on ajoute ou on ôte des Ventilettes.
Pour exciter les insectes afin qu’ils battent continuellement leur ailes, on fait tourner autour du globe de cristal un faux Khon empaillé qui est le rapace prédateur des Ventilettes.
Mon rôle, à bord de ce navire sera donc de m’occuper de la bonne marche des deux venteurs qui alimenteront les deux voiles. Je suis sous les ordres du premier maître Rolin, un Vagalâmeur qui navigue depuis trois ans déjà. A la machinerie, nous sommes quatre nouveaux, deux jeunes femmes et deux jeunes hommes.
Sur le pont c’est le branle-bas et en dessous, le premier maître Rolin nous met à la tâche. Une centaine de ventilettes par globe, on ouvre les vannes et le tourniquet compte les entrées d’insectes. Le faux Khon est manipulé par le second maître Garle. Les Ventilettes s’excitent et virevoltent dans le globe. On entend distinctement le bruit des ailes et la pression d’air passer dans le tube. Le navire décroche du quai et mon cœur s’emballe de joie. Enfin voilà ce que j’attendais depuis des années. L’océan s’ouvre à moi et vers l’horizon une Inquêtrice m’attend  afin d’exaucer mon désir et le sien. Heureux certes, mais je ne suis pas sans ignorer que je risque de ne trouver que la mort ou l’esclavage. Qu’importe, la seule pensée de rester à terre et m’enraciner lentement sans avoir jamais concrétisé mon fantasme me donne le courage de tout affronter. Faut-t-il spécifier que si une Inquêtrice me tend la main c’est qu’elle aura deviné en moi son parfait complément. Ainsi les heureux élus une fois rendus sur le territoire impérial de Fantasmaginaire, seront définitivement unis avec leur Inquêtrice ou Inquêteur et vivront tout deux leurs vies et leur fantasme sans vieillir. Tous les Végétateurs le savent, il n’y a nulle part autant d’égale qu’avec une Inquêtrice ou un Inquêteur. C’est la finalité de notre quête et pour elle nous bravons tous les périls sachant que sur l’océan, la vie ne tient qu’a un fil.

Par l’ouverture d’un sabord je voyais le port s’éloigner et sur le bout du quai le trop grand Vagalâmeur nous faire des signes d’au revoir.



 Episode 2

  Le grand large.

Tous les navires ont mis le cap sur l’horizon et déjà, à peine doublé le phare qui marque la fin du territoire Végétateurs que quelques coups de canon se font entendre.
Rolin me pousse du sabord pour regarder.

-        C’est le Hoturié et le Butenblan qui s’envoient de la fonte ! Fait-il en rigolant.

-        M’étonne pas, ils ne peuvent pas se sentir les deux capitaines. Rajoute le second maître tout en continuant à manipuler le faux Khon.

-        Mais pourquoi ? Demandais-je curieux de connaitre les raison de cette querelle fratricide.

-        Une vieille histoire ; le capitaine du Butenblan lorsqu’il était second sur le Hoturié avait arrangé une mutinerie qui s’était terminée par le tribunal et l’interdiction pour le capitaine de reprendre un commandement pendant un an. Depuis il en veut à mort à son ex second devenu capitaine du Butenblan. M’instruisit le second maître.

-        Le Butenblan est dématté ! s’écrit Rolin avec joie. Il doit retourner au port pour réparer. Ha, ha, ha ! un de moins.

-        Et nous on ne risque pas la même mésaventure ? Questionnais-je.

-        Non, Le bouchtrou est puissant. Ça freine les ardeurs des concurrents. Rigola-t-il.

Nous naviguions depuis deux heures, j’étais de quart et je devais faire tourner toutes les 30 minutes les gros camemberts de graines pour les empêcher de coller et pourrir. C’est la nourriture des Ventilettes alors il est très important qu’elle soit de bonne qualité.
Le capitaine est descendu à la machinerie pour instruire les quatre nouveaux Vagalâmeurs.

-        Vous n’ignorez pas, nous dit-il, que chaque campagne est un combat permanent. Pour trouver les Inquêteurs il nous faut livrer bataille contre les navires ennemis. Vous allez donc apprendre rapidement à manier le sabre et le fusil.

 Il nous indiqua aussi que si ont peut parfois se battre entre navires concurrents on ne peut le faire entre Vagalâmeurs du même équipage. Il nous instruisit également que la discipline à bord était stricte et que tout manquement au règlement était sanctionné de punitions et de châtiments corporels.
Je ressentis un doux frisson me remonter la colonne vertébrale mais je savais, par les nombreux témoignages écoutés dans les tavernes du port, que les punitions n’avaient rien d’agréables même pour un gars comme moi.

Petit à petit, la lumière du ciel baissait d’intensité, dans moins d’une heure la nuit sera totale.

Nous étions répartis par petites chambrée de quatre et bien entendu, les nouveaux ensembles. Jéon et Glodine étaient de quart et dans notre tout petit espace ils ne restaient donc que Dorine et moi.
Tous les deux nous sommes assis sur le parquet entre les bannettes.

-        Tu viens d’où ? M’interrogea Dorine.

-        De Kaspié à 15 kilomètres au nord du port de Galoban. Et toi ?

-        De Tairose à l’ouest. Tu es content d’avoir embarqué ?

-         Ho bien sûr, j’en rêvais depuis très longtemps ! Et toi ?

-        Pareil, mais mes parents n’étaient pas d’accord. Ils me disaient que les histoires de souhaits à réaliser n’étaient que légendes et qu’il valait mieux être des Végétateurs, comme eux. J’espère qu’ils ont tord ! Me racontait-elle.

-        Ben… Jamais un Vagalâmeur qui à réussi sa quête n’est revenu pour en témoigner. Mais d’après ce que disent certains, ils seraient très heureux à Fantasmaginaire impérial. Relatais-je.

-        Pourquoi les Vagalâmeurs qui y sont parvenu ne reviennent jamais à Galoban nous le témoigner de vive voix ? Interroge-t-elle avec un fond de voix soupçonneux.

-        Je l’ignore… Je crois que comme ils ont trouvé ce qu’ils cherchaient, rien ne peut les faire revenir sur la terre des Végétateurs. Peut-être ont-ils peur, s’ils reviennent, que des racines poussent à leurs pieds et les empêchent de repartir ? Plaisantais-je.

-        Tu as peut-être raison. Me dit-elle avec un large sourire.

-        Dormons un peu, nous sommes de quart dans moins de 3 heures.

C’est l’homme de garde qui nous à secoué pour que Dorine et moi allions prendre la relève aux venteurs. Pour tous les nouveaux comme nous, c’était une autre façon de vivre. Les quarts, les postes de nettoyages, les postes de manœuvre et de combats sans jamais une nuit complète.
A minuit, nous avons donc relevé Jéon et Glodine. Le navire était en vitesse de croisière et notre rôle, à moins d’un ordre différent, était de maintenir l’allure. Dans ces conditions, le travail était plutôt tranquille. Nous changions les Ventilettes toutes les heures et toutes les trente minutes nous donnions quelques tours au camembert à graines. Le quartier maître… Ou plutôt la quartier maître Lilote était assez sympathique. Ça faisait bientôt une année qu’elle naviguait sans avoir encore trouvé son Inquêteur. A son épaule droite, une entaille cicatrisée témoignait d’une rude escarmouche. Elle nous racontait d’ailleurs que depuis qu’elle était sur le Bouchtrou, elle avait vécu huit abordages et douze combats navals, que le Bouchtrou et son équipage avaient repoussé ou gagné. Elle nous disait également qu’une centaine de Vagalâmeurs y avaient laissé la vie et qu’un bon nombre d’autres étaient gravement mutilés. C’est étrange comme cette dramatique perspective nous laissait froid. Sans doute que seul le souhait à réaliser, s’il se concrétisait par la rencontre d’une Inquêtrice ou d’un Inquêteur, donnerait à notre vie sa réelle valeur et que le reste pesait moins lourd dans la balance.
4 heures du matin, c’est  Rolin et les mécaniciens Drule et Saline qui nous ont relevés. Pour Dorine et moi, c’est dodo jusqu’à 7 heures.

Le soleil s’engluait dans les brumes matinales. Lorsque Jéon, Glodine, Dorine et moi sortions sur le pont avec le capitaine d’arme pour une leçon de sabre, il régnait une ambiance plutôt joyeuse au long du pavois tribord. Tous les marins de pont y étaient. Nous nous approchions pour voir ce qui les intéressait tant. Sur l’eau calme flottaient quelques débris de navire.

-        C’est le Padepo ! S’écria Rikoché !

-        Tu as raison, c’est bien le Padepo, je reconnais son liston ! Adjoint le lieutenant de vaisseau Roupiye en montrant un morceau de coque flottant. Apparemment, aucun survivant. Ajouta-t-il en faisant un tour d’horizon.

Le capitaine arriva à son tour, les hommes et femmes d’équipage s’écartèrent pour lui laisser la place.

-        Pas de doute, c’est bien le Padepo. Peut-être est-il tombé sur des Creuztatombs ou des Entoqués. Conclu le capitaine sans certitude.

-        Moi j’crois plutôt qu’il était tellement pourri qu’il à sombré tout seul ! Ricana le maître bosco.

-        C’est possible mais j’en doute… Vu les débris, ils ont été proprement canardé. répondit le capitaine, paix à leurs âmes. Lieutenant, dîtes aux veilleurs de redoubler de vigilance on ne sait jamais. Commanda-t-il.

Moi de mon coté je soufflais de soulagement. Dire que le capitaine et l’équipage du Padepo m’achetaient de promesse pour que je monte à  bord de leur bateau… Et bien si j’avais cédé à leurs sirènes, en ce moment je serais déjà dans l’estomac d’un lapin de mer ou le corps déchiqueté par la mitraille.
La récréation était terminée, les officiers donnaient des ordres. Le capitaine d’arme nous conduisit au gaillard d’avant pour nous instruire au maniement du sabre. Pour le moment, l’initiation se faisait avec des armes en bois mais, nous annonça l’officier, bientôt nous apprendrons avec les vrais.
A 12 heures Dorine et moi reprenions le quart. Toujours en vitesse de croisière, ce qui nous donnait le temps de papoter un peu avec Lilote.

-        Le capitaine est jeune ? Questionna Dorine.

-        Il a remplacé l’ancien depuis sept mois. Nous apprit le quartier maître. Mais il est bon aussi ! ajouta-t-elle comme pour nous rassurer.

-        Et l’autre qu’est-il devenu ? Lui demandais-je.

-        Il s’est pendu pour ne pas devenir un Chym. Ça faisait plus de cinquante cinq ans qu’il parcourait l’océan et jamais il n’a trouvé son Inquêtrice ou son Inquêteur. Alors désespéré, il à mis fin à ses jours de la seule façon possible pour ne pas être un Chym, car vous savez qu’on le devient que si on meurt de vieillesse.

A ce moment là, un premier maître descendit en machinerie pour nous annoncer qu’à 18 heures il y aurait spectacle sur le pont principal. Felanie, nous disait-il, allait être puni pour n’avoir pas relevé le barreur à l’heure.
L’homme grimaça comme pour indiquer qu’elle n’allait pas passer un bon moment et remonta sur le pont.

-        C’est quoi la punition ? Demanda Dorine.

-        C’est difficile à dire, c’est le capitaine qui décide mais en toute logique c’est du niveau 3.  Peut-être vingt ou trente coups de martinet sur les fesses nues. Répondit Lilote.

-        Fesses nues, ça ce n’est pas génial pour la punie mais vingt ou trente coups, ce n’est pas bien méchant. Que j’estimais en faisant tourner les camemberts.

-        C’est parce que tu n’as pas encore vu le martinet ! Me rétorqua Lilote en secouant sa main De haut en bas.

F2 épisodes 3, 4, 5





 Episode 3

 La punition

C’était l’heure de la punition et comme à chaque fois, nous informe-t-on, le navire était mis en panne afin que tout l’équipage puisse y assister. Seul un veilleur restait en poste sur la Hune pour prévenir d’une approche suspecte.

Une partie des mousses, matelots et officiers étaient en demi-cercle sur le pont principal et pour le reste sur le gaillard d’avant.
Au pied du premier mat, deux gabiers avaient placé, sur ordre, une sorte de petite table avec sur un côté le plateau recourbé. Le premier maître Rolin nous instruisit que c’était le maître gabier Gary qui était chargé de l’exécution des sanctions mais uniquement envers les membres d’équipage de sexe féminin. Je n’osais demander qui s’occupait de ceux du sexe opposé. De toute manière je n’avais pas envie de le savoir. Enfin pas tout de suite…

Félanie appelée par le capitaine, sortait des rangs et se plaçait les mains au dos face à ce dernier. Cette jeune femme blonde ne devait pas avoir plus de 25 ans et je ne pouvais qu’admirer en silence la belle courbe de ses hanches qui contournaient une paire de fesses dodues que son pantacourt moulait merveilleusement. J’avais hâte que ce vêtement soit descendu à ses chevilles.

-        Matelot Félanie ! parlait fort le capitaine pour que tout l’équipage entende. Vous n’avez pas assuré en temps et heure la relève à la barre. Conforme au règlement disciplinaire de ce bâtiment, cette faute est sanctionnée par châtiment corporel au niveau 3. Conformément aux droits et devoirs du capitaine et de ce même règlement en ce qui concerne le niveau 3, il me revient la responsabilité de définir la punition. Après avoir consulté votre carnet de punition vierge de toute précédente condamnation, j’ai décidé qu’il vous serait administré seulement le minimum prévu pour cette catégorie de faute, à savoir 20 coups de martinet sur les fesses nues. Matelot Félanie, avez-vous une objection à formuler ?

-        Non capitaine ! répondit-elle en ravalant sa salive.

-        Considérant donc que vous acceptez la punition, je commande aux gabiers Granblon et Donemoi d’attacher la punie et de la déculotter pour que le maître gabier Gary puisse administrer la flagellation définie par mon jugement.

C’était la première fois que j’assistais à ça. Certes c’était un peu protocolaire mais ça ne manquait pas d’un certain charme. Dorine devait également trouver la scène à son goût vu que son regard brillait de jubilation et ne s’en détournait pas. Peut-être était-ce même de l’envie ? Je serais prêt à parier que son souhait n’était peut-être pas si éloigné du mien car je ne devais certainement pas être le seul Vagalâmeur à avoir ce fantasme ; mais fort des conseils du Chym, je me garderais bien de lui en parler.
Maintenant Félanie était courbé sur la petite table, les mains liées au mat d’avant, les chevilles libres et la croupe dénudées bien offerte. J’eux un frisson en voyant le martinet que le maître Gary tenait dans sa mains. Effectivement, comme l’avait dit Lilote, l’instrument devait être redoutable. Je passe le détail du manche car il n’est pas différent de ce qui se fait ordinairement, mais, pour ce qui est des cinq lanières, c’est plutôt du calibre bien au dessus de la moyenne. A vue d’œil, j’estimerais leur diamètre à pas loin d’un centimètre et taillé dans un bon cuir souple et dense. Nul doute, l’instrument devait méchamment cingler !
Le maître gabier Gary cherchait la meilleure position pour frapper au plus juste cette belle paire de fesses offerte. Lorsqu’il leva son bras, tous l’équipage, des mousses au capitaine, a retenu son souffle.
« Slak ! » Les lanières s’abattirent en travers des deux globes. Félanie se crispa en étouffant un cri. Cri qu’elle ne pourra retenir au-delà du sixième coup. Le cuir laissait de bonnes empreintes rouges avec une touche plus carmin à l’extrémité de l’impact.
Pas de doute, cet instrument devait mordre très douloureusement et pourtant, maître Gary ne semblait pas forcer les frappes. Je n’osais imaginer ce même instrument dans la main d’un fou furieux.
La pauvre Félanie criait et se tortillait de douleur. 20 coups me paraissaient pourtant peu mais ce qui faisait la différence, c’était le martinet et celui là, n’était pas le petit martinet de boutique avec de légères lanières comme avaient mes parents. J’espérai au regard de ce que je voyais, ne jamais subir une sanction de niveau 3 et être flagellé de la sorte.



Témoin de cette punition, il me devenait évident que les histoires de châtiments rapportées dans les tavernes n’étaient pas des racontars comme le pensaient certains Végétateurs.
Pourtant, l’excitante idée d’être puni pouvait m’être alléchante, mais vu ce à quoi j’assistais, je préférais m’abstenir de tout manquement au règlement avant d’en savoir plus sur les niveaux 1 et 2.
La flagellation était terminée, les fesses étaient bien marquées et par endroits de petites boursouflures sculptaient les stries.

-        Gabier Granblon et Donemoi, détachez et accompagnez le matelot Félanie jusqu’à l’infirmerie ! Commanda le capitaine. Aspirante Aline, vous vous occuperez de calmer ses maux. Adjoint-il en s’adressant au médecin de bord.

Ooh, Le toubib du Bouchtrou était une femme ! Voilà une très intéressante information ! J’ai toujours aimé me faire tripoter par les infirmières, ça doit-être encore mieux par une femme médecin, plus de grade donc plus d’expérience. Pensais-je en rejoignant mon poste de nettoyage.
Cette corvée n’était pas un travail pénible, je devais avec Dorine faire briller et graisser le guindeau du gaillard d’arrière une fois par jour. Ça nous occupait entre deux initiations au combat. Non loin de nous, à briquer les crémaillères des souffleurs, Jéon était livide, la punition de Félanie l’avait complètement retournée. Lui, c’est sûr que son souhait n’était pas dans cette catégorie là.
C’était l’enseigne de vaisseau Mirabelle qui s’occupait de veiller à la propreté de tous les appareils qui se trouvaient sur le bateau autre que l’armement. Une jeune femme assez stricte dans l’application de sa tâche mais qui ne rechignait pas à papoter un peu avec les mousses que nous étions provisoirement.
4 années qu’elle était embarquée, nous narrait-elle, d’abord sur le Hodekeur qui fut coulé par un navire Creuztatomb puis sur le Bouchtrou qui l’a récupéré trois jours plus tard dérivant sur un tronçon de mat. Elle avait eut de la chance, nous disait-elle, que le Bouchtrou avait subit une attaque des Kidnapingres avec des pertes assez importantes et qu’il y avait donc besoin de remplaçants, sinon, le capitaine ne l’aurait jamais prise à bord et l’aurait laissé dériver sur son bout de mat jusqu’à ce qu’elle meurt de faim ou qu’elle tombe sur un ban de lapin de mer.
Ainsi était la dure réalité de la vie des Vagalâmeurs… La concurrence entrainait souvent des excès.
Ce soir, Dorine et moi avions un peu de temps libre, nous seront de quart à 4 heures du matin ce qui nous laissait de la marge. Notre bateau poursuivait sa route vers nulle part. Il n’y avait pas vraiment de cap défini, seule la recherche d’autres navires était importante. Non pas ceux des Vagalâmeurs qui, s’ils avaient des inqêteurs ou Inquêtrices à bord à la suite d’un combat, devenaient inattaquable tant qu’ils n’avaient pas rejoint un port et ceci par une loi impériale qu’il valait mieux respecter à la lettre. Notre chasse concernait tous les navires des autres nation car les Inquêtrices et Inquêteurs s’embarquaient à leur bord espérant être récupérés par un bâtiment Vagâlameur et y trouver à son bord l’élu(e).
C’était une étrange situation ; les Vagalâmeurs devaient absolument aller à la rencontre de leurs adversaires. Toute la quête se déroulait uniquement sur l’océan car les ports étaient des zones neutres qui n’étaient ouvertes que pour le ravitaillement, les réparations et si parfois on pouvait y apercevoir quelques Inquêteurs féminins ou masculins, ils n’étaient là que pour embarquer sur des navires autres que ceux des Vagalâmeurs. Je me demandais bien pourquoi d’ailleurs alors qu’il était si simple pour eux et surtout moins risqué de monter à bord d’un de nos navires pour y trouver une ou un Vagalâmeur ; c’était bien là une complète absurdité !
Les villes portuaires étaient dangereuses tous nos ennemis y rodaient et il était recommandé aux Vagalâmeurs de ne pas s’aventurer dans les rues de ces villes, du moins pas tout seul. Le meilleur était donc de rester dans l’enceinte du port car elle était zone neutre et il était formellement interdit de s’y confronter ; les redoutables gardes impériaux veillaient à ce que ce règlement soit respecté.
Dorine et moi nous étions vautrés sur le pont du gaillard d’arrière. L’air était doux et les feux du bateau se reflétaient dans le miroir sombre de l’eau. A l’autre bout, sur le gaillard d’avant, une quinzaine d’anciens chantaient des chansons de marins. Sur le pont principal, quelques officiers discutaient. Là-haut, juste au dessus des vergues supérieures, assis sur les hunes, les deux veilleurs scrutaient la nuit à la recherche d’un feu de navire.

-        Dis-moi Mike, me demanda Dorine, qu’as-tu pensé de la punition de Félanie ?

-        J’ai juste pensé qu’il ne valait mieux pas faire de connerie ! répondis-je avec une petite grimace.

-        C’est tout ?

-        Oui !

-        C’est bizarre, il me semble que tu étais plutôt troublé. Me dit-elle en ricanant.

-        Troublé, Heu… Oui bien sur, c’est la première fois que j’assistais à ça. Jusqu’à aujourd’hui, j’en avais seulement entendu parler.

-        Faut dire que le martinet de punition est terrible. Hou ça doit faire vraiment très mal !

-        Tu l’as dit ! C’est pour ça qu’il vaut mieux se tenir peinard.

-        Tu as déjà reçu le martinet ? M’interrogea-t-elle.

-        Oui bien sur, comme beaucoup quand j’étais gosses. Mais il y a déjà un bon moment et ça n’avait aucun rapport avec le martinet d’ici. Répondis-je un peu gêné de la question.

-        Jusqu’à quel âge ? Etait-elle bien curieuse.

-        Je ne m’en rappelle plus… Peut-être 11 ou 12 ans. Peut-être 13…

-        Et ça te faisait quoi ?

-        Ça me faisait mal pardi !

Elle éclata de rire.

-        Qu’est-ce qui te fais rire ? M’étonnais-je.

-        Ta réponse !

-        Je ne vois pas ce qu’elle à de drôle ma réponse ?!!

-        Non justement, c’est logique ; le martinet ça fait mal ! Continua-t-elle à se bidonner.

-        Tu t’attendais à ce que je te dise quoi ? Que c’était super agréable, que je préférais le martinet aux sorbets ou aux pâtisseries !

-         Mais non, en fait c’est ma question qui était idiote !

A ce moment là l’enseigne de vaisseau Mirabelle arriva sur le gaillard d’arrière.

-        On rigole bien ici ? Dit-elle en s’approchant.

Dorine et moi nous nous étions levés comme le règlement l’imposait en face de tout officier. Mirabelle nous fit signe de nous rasseoir et s’appuya sur le porte drapeau.

-        Vous n’êtes pas encore couchés ? Demanda-t-elle en levant ses yeux vers le ciel étoilé.

-        Non, mais on ne va pas tarder, nous sommes de quart à 4 heures. Répondit Dorine.

-        Oui, il ne faut pas veiller trop tard. Il faut bien dormir pour rester toujours en forme. Nous conseilla-t-elle. On ne sait jamais ce qui sera dans une heure.

-        Un navire ennemi ? M’inquiétais-je.

-        Oui ou une tempête. Répondit-elle en respirant longuement.

-        Une tempête ! Bah, ce navire est solide ! Vanta Dorine en tapant du poing sur le pont.

-        Le bateau tiendra le coup c’est sur ! Affirma Mirabelle. Mais, ajouta-t-elle en prenant un ton plus grave, les lapins de mer profitent que les vagues balayent le pont pour nous attaquer. Gare a celle ou celui qui se fait prendre dans leurs mâchoires.

Le lapin de mer est sans doute le plus redoutable prédateur qui écume l’océan. Un gros lapin marin orange avec une terrible mâchoire aux dents acérées.
Nos visages pâlirent et Mirabelle s’en amusait.

-        Vous les mécaniciens n’avez rien à craindre des lapins de mer, vous êtes en bas et en cas de tempête les sabords sont Verrouillés. Nous rassura-t-elle. Maintenant allez prendre une douche et vous coucher, c’est un ordre ! Acheva-t-elle en claquant ses mains.

Un ordre c’est un ordre, pas envie de me retrouver les fesses offertes au martinet du bord, donc j’obtempérais suivit également de Dorine qui pensait sans doute pas différemment de moi.





Hune : Platte forme située sur le mat.

Gabier : Matelot chargé du travail dans la mature.

Guindeau : Treuil servant à relever l’ancre ou à tirer les amarres.

Pavois : Garde fou disposé le long du bord d’un pont pour empêcher de tomber.

Liston : Moulure en creux on en relief courant sur tout le côté de la coque. Côte de la coque appelé aussi « muraille »

Gaillard d’avant : Pont surélevé à l’avant du navire. Il y a aussi le Gaillard d’arrière.





Episode 4

 Baptême du feu.

4 heures du matin, nous relevions Drule et Saline. Le navire filait en vitesse de croisière et la mer était toujours aussi calme. Au début, le bruit des Ventilettes dans les globes m’énervait mais je m’habituais jusqu’à presque penser que le silence serait incompatible avec la salle des venteurs. C’est le second maître Garle qui assurait la responsabilité de ce quart. Il nous a fait apporter des biscuits du thé et du café. De temps en temps, nous agitions les Faux Khon pour redonner un peu de vigueur au Ventilettes.

Un peu plus d’une heure que nous étions au travail quand la sirène du branle-bas de combat à craché l’alarme. Mon estomac a fait un triple nœud et plus serré encore quand le second maître m’a donné un vrai sabre et m’a placé à la vanne des Ventilettes en me recommandant de bien faire ce qu’on m’ordonnerait. A la vanne du second globe, Dorine n’en menait pas plus large que moi. Elle avait coincé son sabre entre ses cuisses et sa main qui tenait la commande d’ouverture de la vanne tremblait.
Tous les mécaniciens étaient là. En chemise de nuit, en pyjama, en sous vêtement… seuls les gradés étaient en tenue, à croire qu’ils dormaient tout habillés.
Les artilleurs ont ouvert les sabords des quatre pièces d’artillerie de la salle des venteurs. Avec des gestes rôdés ils ont mis en fonctions les canons, préparé les doses de poudres et déverrouillé les norias qui remontent les boulets de la calle.
Des gouttes de sueur froide me dégoulinaient sur le visage. Le premier maître Rolin m’essuyait d’un chiffon.

-        Ça va aller Mike, ça va aller ! C’est ton baptême du feu, c’est normal ! Ecoute bien les ordres et applique-les sans réfléchir et tout ira bien. Tentait-il de me rassurer avant de rejoindre Dorine qui n’était pas dans un meilleur état.

-        C’est un bâtiment Entoqué, ils ont faim ces cannibales ! Hurlait un maître artilleur. Alors pas de cadeaux ! on l’envoie par le fond et s’il y en a on essaye de récupérer les Inquêteurs !

-        Deux cents cinquante Ventilettes dans le globe arrière ! Ordonna la passerelle, ordre relayé par le second maître Garle.

Dorine ouvrait la vanne les yeux rivés sur le compteur. Le premier maître était à côté d’elle pour la seconder.

-        Deux… Deux cent cinquante ! Dit Dorine d’une voix sanglotante en coupant la vanne.

Le quartier maître Lilote actionnait le faux Khon. On sentait le navire accélérer et virer de bord.

-        Chargez les pièces d’artillerie bâbord en boulet de 18 livres. Commanda la passerelle.

Tout allait très vite… J’avais la trouille ! Bordel je voudrais être ailleurs !

-        Trois cent Ventilettes au globe avant !

J’ouvrais la vanne. Le premier maître me posait une main réconfortante sur l’épaule.

-        Allez, vas-y, ne quitte pas le compteur des yeux. Me secondait-il.

Trois cent deux, j’ai dépassé, je ferme.

-        Ce n’est pas grave, ce n’est pas à deux près en poste de combat ! Me lança le gradé en retournant vers le centre de la salle.

Je crois qu’il n’y a pas pire que d’être aveugle de ce qui se passe au dehors. Je jetais un rapide coup d’œil vers Dorine. Elle était d’une pâleur autant éblouissante qu’inquiétante. Au dessus de moi, la mécanicienne Lovinyou manœuvrait le faux Khon. Visiblement elle ne semblait pas impressionnée par l’événement. Sans doute naviguait-elle depuis assez longtemps. Glodine et Jéon préparaient les fusils en cas d’abordage. Ils n’affichaient pas meilleures mines que nous, eux aussi étaient nouveaux. J’en remarquais également chez les artilleurs.

-        huit cent trente mètres, Batterie bâbord, paré à tirer. FEU ! En donna l’ordre la passerelle.

Un vacarme assourdissant nous percuta les tympans. Une fumée acre envahissait la salle des venteurs et les ventilettes n’avaient plus besoin du faux Khon pour être excitées.
Le chef de pièce commanda de régler le tir de quelques degrés plus haut et ordonna le feu à volonté.
Il y avait du bruit partout, de la poussière de la fumée et le premier maître Rolin était obligé de me parler directement dans l’oreille pour faire suivre les ordres de la passerelle. 50 Ventilettes de moins, 30 de plus, 100 de plus… ça tanguait à tribord, ou bâbord suivant les manœuvres. Le navire trembla d’un coup, nous avions été touchés quelque part, mais pas ici. Je sentais une odeur de brûlé. Saline et Tétakeu étaient envoyés sur le pont.
Ça n’arrêtait pas de tirer. Le bateau vibrait de partout.

-         boulets de 36 livres pour les batteries d’entrepont et mitraille pour celles du pont principal !  Hurlait la passerelle.

 On ne voyait plus rien, mes yeux me piquaient, le second maître Tabagri mettait en fonction la ventilation.
Encore un coup dans notre navire et le fracas du bois qui craquait. J’allais mourir, c’est sûr…
Des cris, des ordres, les détonations qui se succédaient sans cesse. La chaleur, l’odeur de poudre brûlée le martellement des pas sur le pont, les Ventilettes, tout se mélangeait. Je serrais la poignée de mon sabre de peur qu’il s’échappe. Bordel mais qu’est-ce que je fichais là ? Les images de la maison et mes parents tranquilles à l’ombre du grand pommier passaient dans mon esprit comme pour me faire regretter d’avoir suivit les sirènes de la quête.
Le temps me paraissait interminable… Puis un cri de victoire sortant du communicateur de la passerelle.

-        Ils sont cuits ! Ils coulent !

Tout l’équipage explosa de joie. Moi je m’affalais sur le sol, mes nerfs s’étaient relâchés, je n’étais qu’une serpillière trempée de sueur.
Le premier maître me releva.

-        C’est fini Mike, c’est fini… On a gagné ! Tu vois, ce n’était pas si méchant que ça. Me disait-il avec un large sourire.

Je séchais mes yeux et me retournais vers Dorine. Soutenue par deux artilleurs elle vomissait toutes ses tripes dans un baril de poudre vide.

-        Ventilettes à zéro et tout l’équipage sur le pont et conduisez rapidement les blessés au compartiment médical ! Commanda la passerelle.


Le jour commençait à se lever. Sur le pont régnait un indescriptible désordre. Des débris, des blessés, peut-être des morts, je ne sais pas… La voile de derrière pendait en lambeau, la vergue supérieure était brisée. Le gaillard d’avant était éventré et quelques membres d’équipage finissaient d’éteindre l’incendie. A Bâbord, sur la mer, le navire des Entoqués n’était qu’une masse cassée, déformée presque entièrement immergée que les flammes consumaient. Quelques Entoqués pataugeaient accrochés à des morceaux flottants.
Le capitaine, l’enseigne et le lieutenant de vaisseau semblaient chercher les inquêteurs parmi les survivants. Trois Boscos étaient prêts à leur lancer un bout.
Le premier maitre Rolin nous entraina vers les auvents des souffleurs. Il n’y avait pas de temps à perdre, les lames étaient tordues et il fallait les redresser. En premier celle de la voile avant qui restait l’unique en état et qui allait nous permettre de quitter les lieux. Jéon, Glodine, Dorine Rolin et moi, démontions les lames abimées par la mitraille puis nous les descendions sur le gaillard d’arrière afin qu’elles soient redressées par les autres mécanos avant remontage.
Sur le pont principal il y avait effervescence, apparemment ils avaient récupéré une Inquêtrice.
Je ne savais même pas à quoi ça ressemblait. J’essayais de voir mais il y avait trop de monde autour d’elle. Ils l’emmenèrent vers le carré des officiers.
L’enseigne de vaisseau Mirabelle inquiète venait se renseigner de l’avancement des réparations. Pas avant une heure prévoyait le Maître principal Bièle.
Les Gabiers et les Boscos s’affairaient à remonter une vergue et une voile arrière neuve.
Une bonne heure plus tard, le souffleur de la voile avant était opérationnel et nous repartions au ralenti. Une dizaine d’Entoqués s’accrochaient désespérément aux quelques aspérités de la coque de notre navire mais très vite lâchèrent prise et furent abandonnés à leur triste sort.
Pas de repos pour autant, après avoir remis en fonction le souffleur arrière, nous allions aider à remettre en état le gaillard d’avant. Tout l’équipage valide était au travail.
Nous apprenions que huit Vagalâmeurs avaient été tué et qu’il y avait dix-sept blessés plus ou moins grave.
Ce n’était donc pas aujourd’hui que j’irais faire le malin à l’infirmerie…



 Episode 5

 L’inquêtrice.

Ce n’est que vers midi que le navire avait presque retrouvé son apparence d’avant la bataille si ce n’est que le gaillard d’avant noircit par l’incendie et bordé à bâbord d’une rambarde de fortune.
Nous étions exemptés de poste de nettoyage pour nous permettre de dormir un peu avant de reprendre le quart à 16 heures.

18 heures, le navire est mis en panne, tout le monde sur le pont principal y compris les blessés.
Le capitaine allait présenter l’équipage à l’inquêtrice et peut-être y trouverait-elle sa ou son Vagalâmeur. Enfin j’allais savoir à quoi ressemblait une Inquêtrice.
Pour tout dire, je fus assez déçu. En fait c’était quelqu’un de très ordinaire, pas différente de nous si ce n’est qu’un petit rond nacrée sur la joue droite qui était commun à tous les Inquêtrices et Inquêteurs.
L’équipage fut aligné, l’Inquêtrice nous passa en revue ; ses yeux nous observaient en profondeur puis elle s’arrêta et s’illumina d’un grand sourire devant une second maître Bosco. Elle lui tendit la main afin de la faire sortir du rang. Cette dernière semblait hypnotisée et rayonnait de partout. Sans dire un mot, enlacés elles ont suivis le capitaine vers la cabine des passagers.

-        Et bien pour elle c’est gagné. Dit un petit trapu à côté de moi en lâchant un soupir teinté de jalousie.

Sur ordre du lieutenant de vaisseau, les rangs furent rompus et tout les marins renvoyés à leur poste sauf les blessés.
Un drapeau rouge avec une croix verte fut hissé à chaque mat. Notre navire devenait alors inattaquable jusqu’à ce que l’inquêtrice et sa Vagalâmeur soient débarqués dans un port nous instruisit Garle en redescendant à la salle des venteurs.

-        Alors à chaque fois qu’un Inquêteur est à bord, on ne risque plus rien ? Demandais-je au second maître tout en manœuvrant les camemberts à graines.

-        Pas du tout Mike, seulement à chaque fois qu’un Inquêteur à trouvé son Vagalâmeur. Sinon, quand nous avons un Inquêteur vierge à bord, nous devons le signaler par un drapeau noir à croix rouge.

-        Et c’est quoi la différence ? Questionne Dorine en balayant la poussière laissée par la poudre.

-        Le drapeau noir à croix rouge ne nous préserve pas d’une agression, mais il prévient les autres navires Vagalâmeurs que nous avons un Inquêteur à échanger.

-        Echanger contre quoi ? Demanda Dorine avec curiosité.

-        Contre une ou un autre Inquêteur vierge qu’ils auraient aussi recueillit à leur bord, ça c’est le meilleur des échanges, sinon contre des membres d’équipage, de la poudre, des armes et plein d’autres trucs. Nous expliquait Garle.

-        Et simplement le fait d’avoir un drapeau vert à croix rouge nous protège de toute attaque ? Relançais-je en doutant un peu.

-        Oh que oui, si jamais un navire enfreignait cette loi, l’impératrice lancerait sa flotte à sa poursuite et je peux t’affirmer que l’issue ne peut être que fatale pour les hors la loi de quel camps qu’ils soient. Et quand je dis « issue fatale » ça peut durer des jours, des semaines, des mois et peut-être des années avant le trépas. Les gardes de l’impératrice sont sans complaisance envers ceux qui ont transgressé les lois impériales !

-        Mais comment peut-elle savoir s’il y en a qui n’applique pas la loi, l’océan est immense et elle n’y est pas ? M’étonnais-je.

-        Elle à des espions sur tous les bateau Mike, même sur celui là et on ne peut savoir qui. Peut-être est-ce toi ou Dorine !

-        N’importe qui, même le capitaine ? m’étonnais-je.

-        Oui mousse Mike, c’est pour cette raison que personne ne peut savoir qui est l’espion.

-        Sauf lui ! Dis-je avec logique.

-        Même pas Mike, à part les espions officiels de l’impératrice qui eux sont reconnaissable par leur uniforme, les autres ne le savent même pas qu’ils sont espion. Ces inconnus, contrairement aux officiels qui ont l’ouïe, la parole et l’image pour communiquer avec l’impératrice, ne témoignent que par la vue ce qui est bien suffisant pour que les situations soient parfaitement déchiffrées par l’Impératrice. Expliquait Garle.

-        Mais comment, elle voit à travers leurs yeux. Interrogeait Dorine perplexe.

-        Il se dit que l’Impératrice possède un cristal qui permet d’avoir les images de ce que les espions voient. Répond évasivement Garle.

-        C’est impossible, s’il y a un espion par navire elle ne pourrait pas tout voir en même temps. Dit Dorine.

-        Il parait que les images lui parviennent que s’il y a un fait particulier intéressants les autorités impériales…. Enfin c’est ce qu’on raconte, je ne peux rien t’affirmer.

-        Ha… Donc l’espion du Bouchtrou ça peut être vous. Fait Dorine en pointant du doigt Garle.

-        Qui sait… Fit-il en souriant. Mais croyez-moi, pour tout manquement aux lois impériales elle est prévenue. Ajoute-t-il avec cette fois une sureté qu’on ne peut mettre en doute.

-        On ne m’a jamais dit que l’impératrice était aussi puissante. M’étonnais-je.

-         Bien plus que ça Mike… Bien plus que ça ! Ceci dit, je tiens quand même à vous transmettre que vous vous êtes bien comportés pendant la bataille. C’est certain vous avez eut la pétoche mais au moins vous êtes restés à votre poste en appliquant les ordres. Il arrive souvent que les nouveaux paniquent et l’abandonnent. Autant vous dire que ce n’est pas très bien vu et que dans ce cas il y a sanction.

-        Heu… C’est quoi la sanction ? Interrogea Dorine d’une petite voix.

-        Houlà ! Abandon de poste pendant un combat ça va chercher dans la semaine aux fers et minimum 50 coups de martinet ou de paddle.

En entendant ça, je n’ai pas pu faire autrement que m’asseoir lourdement sur le support d’un canon tant mes jambes ont soudain perdu leur force. 50 coups de ce martinet, je crois que je ne m’en remettrais pas. Quant à Dorine, son petit sourire narquois avait instantanément disparu.

-        On ne rigole pas à bord du Bouchtrou ! Eclata de rire le second maître.

En plus de nos fonctions de quart, nous avions aussi à remettre en état la salle des venteurs. La bataille avait laissé son désordre et sa poussière. Les globes de cristal en étaient couverts et le faux Khon moins visible des Ventilettes ne faisait plus beaucoup d’effet.
Une fois le quart fini, la salle des venteurs était bien rangée et parfaitement astiquée, nous avons même eut les félicitations du premier maître Rolin.

Un bon dîner, une douche et au lit. L’espace entre les bannettes superposées était plutôt étriqué et c’était tout un art pour se coucher sans se bousculer. Fallait être souple pour se dévêtir discrètement couché sur sa bannette couvert du drap ou de la couverture.  Heureusement Dorine et moi avions les deux couchages du bas et qu’en plus Jéon et Glodine étaient de quart jamais aux mêmes heures que nous. A quatre en même temps, ce n’était pas jouable.

-        Dis-moi, elle est super ta chemise de nuit ! me dit Dorine en me poussant un peu pour ranger ses chaussures en dessous de la bannette.

-        Qu’est-ce qu’elle a de si particulière ?

-        J’aime bien ! Tu es comment en dessous ? M’interrogea-t-elle.

-        Comment ça je suis comment en dessous ?

-        Tu as un caleçon, un slip ? Sollicita-t-elle une précision.

-        Je t’en pose des questions moi ! Est-ce que je te demande ce que tu portes en dessous de ton pyjama ?

-        On ne porte rien en dessous d’un pyjama ! Me répondit-elle en roulant des hanches.

-        Hé bien c’est pareil pour une chemise de nuit !

-        Hooo, tu es donc tout nu en dessous ! Jubilait-elle en tentant de soulever le tissu.

-        Mais t’es pas bien toi ! La repoussais-je en lui claquant la main.



-        Ce n’est pas fini ce bordel ! on voudrait bien dormir nous ! Hurla Tétakeu de la chambrée d’à côté.

-        Tu vois tes conneries, tu réveilles tout le monde ! Dis-je à Dorine à voix basse.

-        C’était juste pour rigoler.

-        Et bien tu rigoleras un autre jour. Bonne nuit ! Concluais-je en éteignant la lumière.

Deux jours plus tard nous sommes arrivés dans le port de Kédébrum en territoire Crèvesueur. La ville était bâtie sur une colline conique. C’était comme une immense pyramide couverte de maisons et bâtiments. Sur le quai, les gendarmes de l’impératrice attendaient avec une calèche laquée de rouge habillée de banquettes de soie blanche et tirée par douze chevaux noirs. Leur mission était d’escorter L’inquêtrice et sa vagalâmeur jusqu’au port de Saldimanche pour être embarqué sur une galère impériale qui les conduira vers Fantasmaginaire et le palais de l’impératrice.
Mirabelle nous apprenait que toute union devait être présenté, puis accréditée et signée par son altesse impériale.

-        Elle en a de la chance d’avoir trouvé son Inquêtrice. Dit un quartier maitre Bosco à côté de nous.

-        Une Inquêtrice et une Vagalâmeur… Deux femmes, c’est bizarre ça ? Estima Félanie d’un ton acide.

-        Leurs souhaits étaient complémentaires, c’est le principal ! Le reste ne nous regarde pas ! Trancha L’enseigne de vaisseau Mirabelle en nous donnant l’ordre de rejoindre nos postes de nettoyage.

C’était ainsi à chaque fois que le navire accostait, tout l’équipage était réquisitionné pour faire le grand ménage. Une fois cette corvée accomplie, le capitaine distribuait les missions. Un groupe pour le ravitaillement en vivres et médicaments, un second pour le renouvellement du stock de poudre et de boulets, un troisième pour l’achat d’accastillages, de pièces, de nouvelles voiles de rechange et de Ventilettes, puis un dernier groupe pour accompagner l’enseigne de vaisseau Mirabelle à l’ambassade où se trouvaient les bureaux de l’administration de la ville afin d’y faire valider le carnet de bord et éventuellement récupérer des Vagalâmeurs sans affectation pour remplacer les membres d’équipage tués au cours du combat avec les Entoqués. Le bâtiment administratif de la ville était en fait une ambassade générale à toutes les composantes de notre monde. Elle était donc une zone neutre, les Vagalemeurs évadés des camps Crèvesueurs ou déserteurs de mauvais navires y trouvaient souvent refuge.

Les membres d’équipage non affectés à une mission extérieure restaient sur le Bouchtrou pour réparer la rambarde du gaillard d’avant et certains allaient le long des quais mais avec interdiction de sortir des limites du port s’ils n’étaient pas en nombre suffisant.
Je ne sais pourquoi Mirabelle avait insisté pour que Dorine et moi nous soyons affectés à son escorte.
Le capitaine d’arme Grenadaplatre et le second maitre Barézye nous avaient remis à chacun, un uniforme de sortie, un sabre, la ceinture et son fourreau.
Pour Dorine et moi, c’était la première fois que nous découvrions une ville d’un autre bord de l’océan et je dois avouer que nous étions comme deux gosses devant un gros plateau de bonbons.
Nous avons très vite déchantés car si l’architecture de la ville ne manquait pas d’intérêt, en revanche, la faune qui y circulait n’était franchement pas rassurante. Il y avait de tout : Des Creuztatombs, des Entoqués, des Kidnapingres et toutes les autres composantes malsaines que ce monde engendrait.



-        Hé du Bouchtrou ! Nous interpella un Entoqué borgne. Vous avez envoyé par le fond le Kuisdegigo il y a trois jours mais vous ne perdez rien pour attendre. Un jour, on va vous faire votre fête. On vous bouffera grillé. On vous balancera vivant dans la poêle ! On aime bien voir les Vagalâmeurs gigoter quand ils rissolent.

Mirabelle, en tête de notre groupe, restait étonnamment calme et n’a même pas jeté un regard vers l’Entoqué qui nous provoquait.
Moi, j’avais la main crispée sur la poignée de mon sabre et la trouille au ventre. Bordel, grillé vif, mieux vaut ne pas tomber vivant entre les mains de ces cannibales.

Tout c’était bien passé et nous avions récupéré cinq Vagalâmeurs. Il y avait dans notre récupération, une certaine Lady Dark, parait-il bonne cuisinière. Vu que le maître coq avait été tué quand un boulet avait crevé le gaillard d’avant jusqu’à la cambuse, ça nous arrangeait bien.
Demain nous reprendrons la mer et je dois dire que c’est ce que je préférais malgré les dangers.


Chef de pièce : Artilleur chargé de la visée d’une pièce d’artillerie

Bosco : Marin dont la spécialité est manœuvrier. (Amarrage, encrage etc…)

Bout : Se prononce « boute » cordage.

Mitraille : Projectiles anti personnel, souvent des gros boulets coupés en deux ou quatre dont les morceaux sont reliés par une chaîne.