LECTURE DE LA SAGA

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mercredi 2 avril 2014

F2 épisodes 62, 63, 64, 65





Episode 62

Lady Dark.

Un peu plus tard nous étions à quelques centimètres derrière la palissade. Au pied du piton rocheux pour être hors de la végétation afin de faire cesser les cris de la faune qui, s’ils se poursuivaient, finiraient par interroger les Kidnapingres.

-        Avec Baccardi, ils sont une bonne quinzaine la dedans, inutile de vous préciser que si l’alarme est donnée nous n’aurons pas le dessus. Nous chuchotait Mirabelle.

-        Il faut y aller en douceur, apparemment, il n’y a pas de garde et celui qui est là-haut ne peut pas nous voir, le camp n’est pas éclairé. Ajoutait Gary.

-        Lady Dark nous avait dit qu’Anizett et Amuramon dormaient attachés à l’extérieur, il faut quelqu’un qui aille voir pour les situer et surtout savoir s’ils sont surveillés.

-        J’y vais ! se proposa Gary.

Maître Gary s’infiltra doucement dans le camp et quelques minutes plus tard revint nous rendre compte.

-        Il n’y a pas de gardien, ils sont vraiment sûrs d’eux et ça ronfle sec là dedans. Il y a des restes de bouffe et bouteilles partout, ils ont fait la fête hier soir. Quand à Anizett et Amuramon, Ils dorment sous la table. Ils ne sont pas attaché mais dans un filet bouclé avec un cadenas. Détailla-t-il.

-        Un filet ? S’étonna Mirabelle.

-        Radical, une fois fermé, c’est la prison idéale. Baccardi est vraiment diabolique. Répondit Gary.

Je sortais le rasoir de mon short.

-        Et avec ça pour le filet. Leur présentais-je.

-        Magnifique ! en moins de cinq minutes ils sont libres.

-        En douceur maître Gary, ne leur fait pas peur sinon ils vont sursauter et crier. Lui conseilla Clakett.

-        Tu les ramènes ici et ensuite on s’occupe de trouver Lady Dark. Lui dit Mirabelle en lui tapotant amicalement l’épaule.

-        A vos ordres capitaine adorée ! Plaisanta Gary avant de retourner vers le camp.

Tout se passait vraiment à merveille, un peu plus tard Gary revenait avec Anizett et Amuramon véritablement contents ne nous retrouver et surtout d’imaginer un avenir un peu moins glauque si toutefois nous arrivons à mener à bien notre évasion jusqu’au bout. Anizett étouffait ses sanglots de bonheur dans ses mains.
Amuramon nous instruisait que Lady Dark dormait dans la cuisine mais je ne sais pourquoi, il semblait très réservé.
Cette fois c’est Clakett et Aline qui sont partis et ce n’est qu’au terme de vingt minutes angoissantes qu’elles sont enfin revenues avec Lady Dark.
Nous n’avions plus de temps à perdre, direction la plage puis derrière la pointe où était échouée la chaloupe. Il était 4h20 et dans un peu plus d’une heure la nuit commencerait à pâlir.
Nous ne pouvions pas embarquer à plus de six dans ce canot. Mirabelle, Aline, Amuramont, Anizett et Dorine étaient du premier voyage.
Quinze à vingt minutes aller en faisant le tour du petit îlot,  plus six ou sept minutes retour car Lady Dark, Gary et moi nous nous étions déplacés Sur la plage où il y avait la cage, juste en face du Klakoven qu’on ne voyait toujours pas. Pour leur indiquer le cap à suivre pour le retour, nous avions baissé le paravent qui masquait la lampe du coté de la mer, baissé la flamme et nous nous sommes écartés du rayon de lumière pour ne pas que la vigie puisse deviner nos silhouettes même si la pluie et le noir rendait cette vision peu probable.
Becanbiai était toujours fidèle à son poste. Les crabes à deux bouches avaient commencé leur festin.
-        Je ne pars pas avec vous ! Nous annonça soudainement Lady Dark.

-        Que…. Qu… Que dis-tu ? Bégaya Gary en la regardant avec des grands yeux ronds.

-        Non je reste, je ne peux pas vous expliquer.

-        Mais tu es devenu folle Baccardi va t’écorcher vive !

-        Baccardi ne fera rien du tout, il ne me touchera pas un seul cheveu. Répondit-elle en rougissant.

-        Lady Dark ! Lady Dark dis-moi que ce n’est pas vrai ? Pas lui !

-        Si maître Gary….. Lui ! Affirma un peu génée Lady Dark.

-        Ho noooonnnn ! Se lamenta-t-il en plaquant ses mains sur son front.

-        je suis désolé, je reste ! Vous m’excuserez auprès des autres.

-        Tu es certaine de ce que tu dis ? L’interrogea Gary un peu abasourdi.

-        Tout à fait certaine. N’en démordait-elle pas.

-        D’accord on ne va pas discuter cent ans, on est plutôt pressés mais je ne veux pas qu’il croit à ta complicité dans notre évasion. Moi je n’ais pas confiance en lui ! Alors !

Gary lui décocha un formidable coup de poing au menton. Lady Dark s’écroula de tout son long.

-        Mais maître Gary, pourquoi avez-vous fait ça ? Lui demandais-je.

-        Parce qu’elle ne vient pas avec nous. Tu ne vois pas qu’elle est tombée amoureuse de Baccardi !

-        Et alors ce n’est pas une raison pour…

-        Si Mike et on va la bâillonner, l’attacher et l’enfermer dans la cage. Tu comprends maintenant ?

-        Oui ça y est, je comprends.

-        Bravo Mike, alors vite prend ton rasoir, coupe un morceau de bâche et ramène aussi des cordes, ils en avaient toujours pour nous attacher les chevilles.

Gary traîna Lady Dark inanimée dans la cage. Nous l’avons immobilisé et bâillonné. Juste quand on fermait le cadenas, Clakett et Amuramon arrivaient avec la chaloupe. La pluie venais de cesser, le ciel allait donc vite de dégager. Je sautais dans l’embarcation en jetant la clef dans l’eau. Gary suivait.

-        Et Lady Dark ? Demanda Clakett avec consternation.

-        Elle reste-là ! Pas le temps de t’expliquer. Vite on s’en va !

-        Comment ça elle reste là, Mais il n’en n’est pas question maître Gary ! s’emporta-t-elle en se levant pour aller la chercher.


Amuramont lui attrapa le bras.

-        Maître principal, je m’excuse mais c’est Lady Dark qui a décidé, moi je le savais qu’elle ne partirait pas. Vous comprenez ce que je veux dire.

-        Non ! S’étonna Clakett.

-        Elle et Baccardi se sont pris d’amitié… Enfin un peu plus que d’amitié.

-        Avec Ba… Baccardi ? Dit-elle en reposant ses fesses sur le banc.

-        Oui maitre principal, Baccardi !

-         Ramez, la lune se découvre, vite ! Commanda Gary en poussant un grand coup la barque vers le large.

Le Klakoven apparaissait doucement, les rayons de lune passaient entre les derniers nuages. Le veilleur avait surement repéré la chaloupe et grâce à sa longue vue il pouvait, maintenant que la pluie ne lui voilait plus le décor, parfaitement identifier ses occupants et c’est ce qu’il a fait. On l’entendait hurler et sonner la cloche.
Clakett et Amuramon ramaient comme des forcenées. Baccardi et quelques membres de son équipage arrivaient en courant sur la plage. Ils ne pouvaient plus rien physiquement, nous étions trop loin et personne voulait se risquer à la natation dans ses eaux infestées de serpents rouges.
Baccardi faisait tirer au fusil en hurlant sa rage. Nous nous tassions dans le fond de la barque en laissant dériver. Le courant nous entrainait dans le bon sens mais il était très lent et les balles qui frappaient la coque de la chaloupe finiraient bien par la percer.
Le plomb pleuvait comme de la grêle et déjà l’eau s’infiltrait.

-        Bordel il va nous faire couler, on va se faire bouffer ! Que j’hurlais.

Soudain, un coup de tonnerre et le sifflement caractéristique d’un boulet qui passe au dessus de nous. Mirabelle faisait donner du canon, Baccardi et ses sbires couraient se réfugier dans la jungle.
Nous relevâmes nos têtes, sur la plage il n’y avait plus personne et un deuxième boulet souleva une gerbe de sable à la lisière de la jungle. Amuramon et Clakett avaient repris les rames et très vite nous avons accostés le Klakoven et grimpés à bord.
Dorine était déjà descendu au venteur pour préparer les ventilettes. Je la rejoignais.
Toutes les mécaniques à vent se ressemblaient si ce n’est que la forme des manettes et quelques bricoles qui changeaient. On introduisit les Ventilettes dans le globe puis nous avons secoué le Faux Khon pour les agacer un peu. Nous entendions le raclement de la chaîne qui remontait lentement l’ancre, ils devaient tous être à forcer sur le tourniquet.
Nous entendions aussi des coups de feu mais à cette distance, les Kidnapingres usaient de la poudre pour rien.
Du peu que nous étions, mettre en fonction un navire même petit comme celui là prenait du temps. Une trentaine de minutes plus tard le capitaine Mirabelle nous informa que la voile était bordée. J’ai ouvert la vanne du souffleur et nous avons senti le navire bouger. Nous étions libres ! Libres ! Libres !

Dorine et moi remontions sur le pont. Le  ciel s’éclaircirait lentement. On était tous sur le gaillard d’arrière  à regarder l’île doucement s’éloigner. Seule Mirabelle était à la barre. Il ne faisait pas encore assez clair pour avoir beaucoup de détails mais on imaginait sur la plage Baccardi enrager et se demander comment nous avions fait pour le berner. Il devait hurler contre son équipage mais aussi nous maudire de lui avoir en plus piqué son navire.
Je pensais à Lady Dark… Sacrée Lady Dark, nous avions perdu la plus grande cuisinière de tout l’océan et c’est bien la seule chose que Baccardi avait gagné dans cette aventure.
Aline assurait le poste au venteur. Faut dire qu’avec un seul souffleur une personne suffisait sauf en cas d’attaque.
Sur la ligne de mer l’astre apparut en enflammant ce magnifique matin. L’île n’était maintenant qu’un point sur la ligne d’horizon et puis, un peu plus tard elle avait disparue comme avalée par la distance. Anizett nous serait dans ses bras en versant tout ce que son corps pouvait fournir comme larmes. Clakett avait sorti les cartes et le sextant du carré pour tracer notre route.




Episode 63

Passager clandestin.

Soudain une voix nous fit tous sursauter. Sur le pont arrivait Glassalo qui venait de je ne sais où. Il regardait éberlué la surface de l’océan en rigolant bêtement. Nous l’avions complètement oublié celui là.
Nous nous approchâmes, Gary en premier, sabre à la main. Glassalo déboucla son ceinturon et le balança à deux pas de lui.

-        D’où sort-il celui-là ? Nous demanda Gary.

-        Hier il s’était réfugié sur la plateforme du harponneur à la suite d’un petit désaccord entre eux. Que je lui expliquais.

-        Oui et franchement on n’a plus du tout pensé à lui… ça nous était complètement sorti de la tête. Adjoint Dorine.

Le jeune homme regardait Gary avec la peur dans les yeux. Il se mit à genoux et :

-        S’il vous plait monsieur ne me tuez pas ! S’il vous plait…

Gary se tourna vers Mirabelle et Clakett qui ne savaient pas trop quoi dire.

-        Que fait-on, on ne peut pas le garder à bord ? Questionna Gary.

-        C’est sûr que ça pose problème, c’est un homme de Baccardi. Répondit Mirabelle sans rien décider de précis.

-        S’il vous plait madame, s’il vous plait monsieur ne me tuez pas. Je serais sage, je ne vous ferais pas de mal, je le jure ! Reprenait-il ses supplications.

-        Pas de mal dis-tu ! N’empêche qu’hier c’est bien toi qui m’a massacré les fesses à grand coup de paddle que j’en aie encore des douleurs ! Lui renvoya Mirabelle.

-        J’étais obligé madame, je demande pardon, j’étais obligé madame sinon Chapoklak elle m’aurait puni. Elle est très méchante madame.

-        Chapoklac, te punir ?

-        Ho oui madame, elle était souvent méchante avec moi, elle me frappait avec la garcette devant les autres.  Regardez madame. Répondit-il en relevant sa manche pour montrer la brûlure sur son avant bras. C’est elle madame ! J’avais pris des bombons dans la boîte du capitaine Baccardi et elle m’a vu. Elle m’a attaché le bras sur la rampe, elle a mis la poudre et une allumette madame. Je criais très fort, je pleurais, ça faisait beaucoup, très beaucoup mal madame et elle rigolait.

-        Whooo ça doit être horrible mais comment peut-on faire une chose pareille ! S’exclama Clakett.

-        Faut s’appeler Chapoklak ! Que je lui répondais.

De grosses larmes coulaient aux yeux de Glassalo.

-        Sil vous plait… S’il vous plait… Je ne veux pas mourir. S’il vous plait, je serais sage je le jure, je serais avec vous ! S’il vous plait… Je suis gentil… S’il vous plait ne me tuez pas !

Il baissa la tête en pleurant comme un gosse.

-        Bon alors que fait-on ? redemanda Gary.

Personne ne répondait. Dorine se mit à sa hauteur et lui redressa le visage.

-        Arrête de pleurer, tu es un homme quand même. Personne ne te tuera mais il faut promettre d’être vraiment très très sage, hein ?

-        Oui madame je le jure, je serais le plus sage, je suis gentil moi, je suis gentil madame.

-        Dis-moi mousse Dorine, tu prends des initiatives qui ne sont pas de ta responsabilité. Envoya Mirabelle d’un ton sec.

Dorine se releva et fixa droit dans les yeux le capitaine.

-        Capitaine Mirabelle, avec tout le respect que je vous dois, toute l’amitié que j’ai pour vous…Oui capitaine je prends cette dernière initiative et il me semble que si j’en avais pas pris quelques autres auparavant avec Mike, nous ne serions pas là tous ensemble sur le Klakoven.

-        Je suis tout à fait d’accord avec elle ! La soutenais-je.

Mirabelle ne se mis pas en colère, bien au contraire, son regard s’est radoucis puis :

-        C’est toi qui a raison mousse Dorine, accepte mes excuses ! Alors, nous allons faire l’essai de garder Glassalo en ouvrant l’œil bien entendu.

-        Ho merci madame merci ! Je le jure vous serez content de moi, je serais le plus sage, je vous obéirais madame et vous aussi madame. Je vous protégerais des méchants parce que je suis un grand guerrier c’est Baccardi qui le disait. Je serais le plus gentil madame. Se jetait-il aux pieds de Mirabelle et Dorine.

-        Ça alors ! Souffla Gary en remettant son sabre au fourreau. Un kidnapingre enrôlé chez les Vagalâmeur. Par les grands ours des montagnes… J’aurais tout vu dans cette aventure tout. Hey les deux mousses si vous avez d’autres idées aussi saugrenues, vous me prévenez d’avance que je ne sois pas trop surpris !

Clakett releva Glassalo.

-        Que faisais-tu sur ce navire, qu’elle était ton travail ? Lui posa-t-elle la question.

-        Mécano madame et aussi je brossais partout et aussi je faisais la cuisine, je remettais du pétrole dans les lampes et aussi je lavais les vêtements de Chapoklak.

-        M’ouais, c’était peut-être un grand guerrier mais c’était surtout le larbin du bord ! Raccourcit Gary.

-        Et bien tu iras dans une heure avec le mousse Mike aux machines ! Dit Mirabelle.

-        Oui madame !

-        Je préfèrerais «  Oui capitaine ! » ou «  A vos ordres Capitaine » !

-        Oui madame je dirais ça !

Tout le monde à rigolé et glassalo s’est relâché un peu puis à fini par rigoler avec nous.
Clakett me glissa à l’oreille de bien le surveiller quand je serais avec lui en bas.
Une heure plus tard, après avoir balancé les corps de Kidnapingres, les matelas et les draps imbibés de sang à la mer, après que tout le monde soit passé avec délice sous la douche, j’étais au venteur avec Glassalo. Pas de doute, il connaissait parfaitement son affaire. Il faisait bien son travail et semblait très content d’être avec nous mais je gardais une main sur le pistolet glissé dans ma ceinture.
Nous étions assis tout les deux à regarder l’eau défiler par un sabord ouvert.

-        Tu sais Mike, je suis très heureux maintenant. Chapoklak ne me fera plus de mal.

-        Ça c’est sûr ! que je rigolais en pensant à la crise qu’elle devait piquer en ce moment.

-        Tu sais Mike, je vous aie vu hier soir dans la coursive arrière.

-        Comment ça tu nous as vu, mais d’où ?

-        De là ! Me montra-t-il la porte étroite qui effectivement donnait dans cette coursive à côté de l’escalier.

-        Mais que faisais-tu au venteur, tu n’étais pas sur la plateforme du harponneur ?

-        Oui, oui, je suis resté longtemps dessus et puis après je suis allé dans ma chambre à l’avant. Dit-il en me montrant la seconde porte derrière le globe. Et puis je suis revenu ici pour les Ventilettes. J’ai entendu du bruit et j’ai un tout petit peu ouvert la porte pour voir.

-        Tu as une chambre à côté de la salle du venteur, tu ne dormais donc pas avec les autres à l’arrière ou à l’avant ?

-        Ho non, ils étaient toujours à me faire des blagues et puis y’avait maître Patapin. Lui aussi était méchant. Tu sais il me déshabillait et me faisait des choses sales.

-        ça ne m’étonne pas de lui, c’était vraiment une pourriture celui-là.

-        C’est le capitaine qui m’avait donné ma chambre rien que pour moi et il avait dit à Patapin que si jamais il recommençait il le tuait.

-        Baccardi avait pris ta défense ?

-        Oui ! Des fois il était gentil avec moi et des fois il me criait dessus mais jamais il m’a fait mal comme Chapoklak.

-        Pourquoi tu n’as rien fait hier soir pour aider les autres ?

-        Parce que je voulais que toi et la dame vous vous sauviez. La dame elle est gentille, elle n’a rien dit quand j’ai touché. Elle est belle et gentille.

-        Alors comme ça tu as tout vu et tu n’as pas aidé tes amis ni donner l’alerte ?

-        Glassalo n’avait pas d’ami sauf le capitaine. Les autres ils n’aimaient pas Glassalo et moi je ne les aimais pas, ils étaient méchants. Et d’abord je n’ai pas tout vu, j’ai vu quand la dame à coupé la tête de Gandepo et quand vous avez transpercé Patenfer et Dencreuz. Hi, hi, hi, hi. J’étais bien content.

Le capitaine Mirabelle entra dans le compartiment venteur. Glassalo se tassa sur lui-même avec des yeux de chien apeuré.

-        Comment ça se passe avec lui ? Me demanda-t-elle.

Je l’emmenais derrière le camembert à graines et lui racontais ce que venais de me révéler Glassalo.
Une fois mon récit achevé, elle se gratta la tête en soupirant et s’approcha de lui. Glassalo était craintif.  Elle lui posa une main sur la joue avec un grand sourire pour le rassurer.

-        Je crois que finalement tu es un bon gars. Lui dit-elle.

-        Oui madame je suis gentil moi.

-        Oui Capitaine ! Lui rappela-t-elle.

-        Oui madame je dirais oui capitaine.

-        Viens avec moi en cuisine, nous allons préparer un bon repas pour tout le monde.

-        Oui madame, je sais faire aussi.

Mirabelle leva les yeux au ciel en soupirant, sachant déjà qu’il ne l’appellerait jamais capitaine.



Episode 64

L’inquêteur.

Beaucoup plus tard Amuramon vint me relever en m’annonçant que tous le monde m’attendaient sur le pont pour manger un morceau et en me remerciant chaleureusement de ce que j’avais fait. Bien sûr qu’avec Dorine nous avions assuré les bases de notre évasion mais c’était avant tout notre propre survit qui nous avait poussé. Amuramont comme quelqu’un d’autre aurait certainement agit de la même façon à ma place.
Je montais sur le pont. Ils étaient tous assis en rond autour d’un brigantin grillé et de quelques pommes de sable. Dorine avait commencé à leur raconter comment nous nous étions sorti du Klakoven. Aline me servit une part et m’invita à exposer la manière dont je m’étais débarrassé de Bikett. Je leur faisais un récit le plus fidèle possible jusqu’à mon entrée dans la chambre où était ficelée Dorine. Ils buvaient tous nos paroles.



-        Incroyable ! s’extasiait Gary. Incroyable, des légendes vivantes je vous dis, des légendes vivantes !

-        Je ferais mon rapport à l’amirauté en arrivant à Galoban exprima Mirabelle. Et à partir de cet instant vous n’êtes plus mousse mais second maître.

-        C’est vrai ! S’exclama Dorine.

-        Et ce n’est que provisoire car je crois que plus tard vous allez tous les deux porter un grade bien plus prestigieux, les amiraux en décideront. Faut-il encore qu’on arrive à Galoban sans rencontrer de problème car si un navire nous prend en chasse nous ne sommes pas assez nombreux pour soutenir un combat naval et encore moins un abordage.

-        Je vous protégerais, je suis un grand guerrier. Affirmait Glassalo en tapant du poing sur le plancher.

A ce moment là la porte donnant dans le quartier des officiers s’ouvrit, un homme assez jeune de bonne carrure le visage parfaitement dessiné piqué de yeux bleu clair et richement habillé apparut. Nous avions tous reconnu l’inquêteur à cause de la pastille nacrée sur sa joue droite qui les identifiait. Celui-là aussi nous l’avions complètement oublié.

-        Où se trouve le capitaine Baccardi ? Interrogea-t-il d’une voix forte. Mon petit déjeuner ne m’a pas été servit, que se passe-t-il ? Ajouta-t-il.

-        Je crains que vous ne puissiez rencontrez le capitaine Baccardi ! Lui répondit Clakett.

L’inquêteur la dévisagea longuement d’une étrange manière. Mon cœur s’emballa. Bordel, non pas ma Clakett, pas aujourd’hui. Que je me disais à moi-même. Au bout de quelques pesantes secondes il se détourna de Clakett et nous inspecta un par un. Il s’illumina d’un grand sourire en s’arrêtant sur Mirabelle. Cette dernière se levait comme hypnotisée. L’inquêteur lui tendit la main, Mirabelle lui donna la sienne, elle nous regarda épanouie puis suivit l’inquêteur dans le compartiment de Baccardi. La porte s’est refermée derrière eux. Nous restions tous sans voix. C’est Aline qui brisa le silence.

-        Et bien je crois que pour Mirabelle c’est gagné. Nous devons maintenant désigner un nouveau capitaine. Dit-elle.

-        Je pense que c’est au maître principal Clakett que cet honneur revient en tant que la plus gradée d’entre nous. Bien entendu, cela n’a rien d’officiel mais il faut bien désigner quelqu’un pour commander ce navire. Annonça Gary avec une logique toute militaire.

Personne ne trouva à redire et son premier ordre de capitaine fut de servir un repas à l’inquêteur et de nous faire rechercher le pavillon rouge à croix verte pour le hisser ce qui en plus nous garantissait d’être inattaquable jusqu’au port de Galoban.
Glassalo connaissait par cœur le navire et ce qu’il contenait et c’est lui-même qui changea le pavillon en trépignant de joie. C’est également lui qui m’a emmené dans sa minuscule chambre très bien entretenue d’ailleurs, pour choisir parmi ses affaires un pantalon et une chemise qui me conviendrait.
Le Klakoven était léger est rapide ce qui nous mettait Galoban à treize ou quatorze jours de mer.
Nous ne voyons plus Mirabelle, sinon quelques furtives secondes quand l’un de nous leur apportait de quoi se restaurer. Comme la coutume l’imposait, le vagalâmeur et son inquêteur se coupaient de tout en attendant l’arrivée dans un port où attendait, par je ne sais quel miracle, une calèche ou une galère. Elle nous manquait à tous mais nous étions contents pour elle. Trouver son Inquêteur ou son Inquêtrice était bien le but final que recherchaient tous les Vagalâmeurs.
Ce voyage était comme une croisière et Glassalo ne nous avait pas menti. Il était sage, gentil et serviable. Bien sûr il cuisinait moins bien que Lady Dark mais qui pouvait rivaliser avec cette exceptionnelle cordon bleu. Nous pensions tous à elle, là-bas dans une île de l’ouest avec Baccardi. Avait-elle fait le bon choix ?
Ce qui nous inquiétait le plus était le sort de Glassalo à son arrivé à Galoban. Notre devoir était de le conduire à l’ambassade du port où il y serait en sécurité. Mais un jour il sera surement récupéré par des Kidnapingres et le connaissant un peu mieux, je savais qu’il ne le voulait pas.
Aline avait prodigué des soins à Dorine et les traces de la dure flagellation avaient disparues quelques jours plus tard.

Bien entendu histoire de cette fois y prendre du plaisir, nous n’avons pas manqué, en bas, dans le compartiment des prisonniers, de se faire administrer quelques bonnes fessées par Gary et Clakett.
Gary, sur le sujet, avait un peu plus de travail parce qu’il fallait également qu’il s’occupe du fessier d’Aline.


Treize jours plus tard, de bon matin, nous étions en vue du port de Galoban. Une galère impériale vint à notre rencontre et envoya une chaloupe dorée aux banquettes moelleusement tapissées de velours bleu. Les impériaux venait chercher l’Inquêteur et Mirabelle.
Les gardes, toujours aussi impressionnant sont montés à bord du Klakoven en nous saluant respectueusement. Mirabelle et son Inquêteur sont sortis du compartiment. Elle était resplendissante. Elle s’approcha de nous et nous regarda tous un par un avec des yeux illuminées et un radieux sourire.

-        Il est temps de se dire au-revoir les amis. Dit-elle d’une voix douce mais sans aucune tristesse. Dans la cabine, j’ai laissé mon rapport pour l’amirauté. Maître principal Clakett, vous le leur remettrez. J’espère qu’un jour nous nous reverrons tous à Fantasmaginaire. Comptez sur moi pour vous y attendre.

Elle s’approcha de Dorine et moi.

-        Quand à vous deux, je ne peux que modestement vous dire un grand merci. Je souhaite de tout mon cœur qu’un Inquêteur et qu’une Inquêtrice vous tendent la main rapidement. Prenez bien soin de vous et ne commettez pas d’imprudence. Au-revoir et à bientôt.

Elle se dirigea d’un pas léger vers l’échelle au bras de son Inquêteur et ils prirent place dans l’embarcation.
Un des gardes impériaux nous signala qu’au port de Galoban nous étions attendus. 
En quelques coups de rame ils ont atteint la galère puis, une fois à bord elle nous fit un dernier signe avant d’entrer dans les somptueux appartements. Le navire impérial manœuvra puis s’éloigna poussé par ses triples rangés de rames.
Nous sommes restés en panne jusqu’à ce qu’ils disparaissent. J’avais la gorge noué et quelques larmes coulaient sur mes joues. Dorine avait baissé la tête. Glassalo nous attrapa par les épaules.

-        Je le sais, nous disait-il, un jour se sera pour vous deux. Moi je le sais parce que vous êtes des gentils alors pour vous deux aussi ils reviendront ! Moi aussi j’aurais bien voulu être un Vagalâmeur.

Clakett commanda le départ d’une petite voix et une trentaine de minutes plus tard nous faisions notre entrée dans le port de Galoban.



Episode 65

Les amiraux.

Effectivement, les impériaux par l’intermédiaire d’un Oblitérétimbré (oiseau servant de messager) avaient prévenu de notre arrivée et lorsque nous avons longé la rangée de navires à quai en cherchant une place, tous les équipages nous ovationnaient. Gary nous avait installés, Dorine et moi sur la pointe du gaillard d’avant.

-        C’est vous les héros, c’est vous les héros ! Ils veulent tous vous voir, ils veulent tous voir ceux qui ont démoli la passerelle de Baccardi. Et encore, ils ignorent le reste Souriez, souriez ! Nous répétait-il.

Derrière nous, Glassalo faisait joyeusement des pirouettes.
Pour la place nous n’avions pas trop à chercher, deux petits navires pilotes nous avait pris en charge et nous conduisaient au quai d’honneur. Sur le granit des employés de l’amirauté déroulaient à la hâte un tapis bleu imprimé de la couronne des Vagalâmeurs. Un émissaire en costume de cérémonie nous attendait pour nous emmener sous escorte à l’amirauté.

Un peut plus tard, après avoir traversé une partie de la ville portuaire sous les jets de fleurs et les applaudissements nous fûmes introduits dans le grand hall d’honneur de l’amirauté. Un plafond peint de dizaine de navires célèbres s’étendait à dix mètres au dessus de nos têtes et là-bas, fraichement dessiné, le feu Bouchtrou. Les colonnes de bois précieux soutenaient cette immense œuvre d’art et les murs étaient tourmentés de dorures baroques. Au sol un interminable tapis de soie caressait nos pieds nus de sa douceur.
Un majordome nous convia de nous asseoir dans de grands fauteuils en cuir de lapin de mer et nous apporta mille boissons et friandises.
Quelques minutes plus tard, un quatuor d’amiraux nous rejoignait. D’après ce qu’on racontait, ce n’étaient ni des Végétateurs, ni des Vagalâmeurs. Nul ne savait vraiment et certains avançaient qu’ils étaient de Fantasmaginaire. Juste une hypothèse car jamais aucune preuve n’avait étayé cette supposition.
On ne pouvait raisonnablement leur donner d’âge. Malgré leurs cheveux argentés ils avaient le pétillant de la jeunesse et la sagesse des ans. Ils s’installèrent en face de nous, puis posément avec un soupçon de jovialité, l’un d’eux entama la conversation.

-        Vous voilà donc Mousse Dorine et mousse Mike !

-        Second maître ! rectifia Clakett.

-        Aucune importance maître principal. Je disais donc, vous voilà ! Savez-vous que nous vous croyons perdus pour toujours. Nous avions sollicité tous les navires qui partaient en campagne de vous rechercher mais aucun n’a croisé votre route ni entendu parler de vous dans les ports si ce n’est que de votre exploit. Mais où étiez vous donc ?

-        Heu… Monsieur l’amiral nous étions naufragés sur une île de l’ouest. Répondit Dorine très impressionnée.

-        Une île de l’ouest… Et ce navire avec lequel vous êtes arrivés ?

-        Ben ça c’est une très longue histoire monsieur l’amiral et…

-        J’ai ici le rapport complet du capitaine Mirabelle qui m’a missionné pour vous le remettre, tout est expliqué en détail ! Coupa Clakett en tendant la vingtaine de feuilles manuscrites recto verso.

-        Très bien, nous allons les consulter au plus vite. Répondit le second amiral en se saisissant des papiers.

-        Mousse Dorine, mousse Mike, repris le troisième, nous sommes heureux de votre retour et comme vous avez pu le constater, vous avez acquis une certaine notoriété qui, de notre avis à tous, n’est pas usurpée. Imaginez-vous, détruire la passerelle du Troudanlo par un tir de boulet dans l’extracteur et ainsi mettre en échec le capitaine Baccardi. Cet homme était une plaie qui à envoyé par le fond 32 navires Vagalâmeurs en moins de quatre années. Cet homme que tous redoutaient d’affronter et par un seul coup audacieux, de simples mousses mécaniciens, faisant preuve d’initiative et de courage, ont achevé sa carrière… Nous savons qu’il est vivant et qu’il tente de briller à nouveau mais son sabre est bien émoussé à présent.
Le quatrième amiral pris la parole.
-        Votre acte mérite une récompense à la hauteur. Vous êtes un exemple pour tous les nouveaux Vagalâmeurs. Second maître avez vous dit maître principal Clakett ? Que cela nous parait dérisoire. L’amirauté à décidé de les nommer lieutenant admissible et ce grade prend effet immédiatement.

Dorine et moi nous nous écrasions abasourdis dans le cuir du fauteuil et si nos bouches remuaient de remerciements aucun son n’en sortait ce qui amusa beaucoup les amiraux.

-        Ne vous perdez pas en phrase toutes faites lieutenant Dorine et Mike. Votre sourire et votre joie nous suffisent.

Le premier amiral pris à son tour la parole.
-        Nous avons appris que le capitaine Mirabelle faisait route vers Fantasmaginaire. Ultime récompense, nous ne pourrions rivaliser. Cependant, nous savons également que l’aspirante Aline, le maître Gary, le maître principal Clakett, le matelot Anizett et Amuramon n’ont pas démérités. Alors, aspirante Aline vous montez aussi au grade de lieutenant. Maître Gary enseigne de vaisseau, Maitre principal Clakett capitaine, Matelots Anizett et Amuramon, premier maître. Effet immédiat bien entendu.

Le deuxième amiral repris la parole.

-        Nous vous avons réservé des appartements dans l’hôtel de notre amirauté. Nos gens vous y conduiront pour vous permettre de vous détendre. Un costumier passera prendre vos mensurations pour vos nouveaux uniformes. Ce soir c’est un grand diner de gala en votre honneur. Et demain nous vous entretiendrons de vos futures affectations. L’amirauté vous souhaite une bonne journée et vous dit à ce soir. Autre chose, Le Kidnapingre qui se trouvais à bord de votre bateau à été conduit à l’ambassade du port, il y sera en sécurité et bien traité en attendant qu’un capitaine Kidnapingre le reprenne à son bord.

Jamais je n’avais eut pour moi tout seul un logement aussi vaste, aussi luxueux, aussi confortable. Une porte communicante donnait dans l’appartement de Dorine et c’est ensemble que nous avons pris le bain dans une spacieuse baignoire. Nous avons chahuté comme des fous jusqu’à arroser murs, miroirs et plafond.
Le costumier est passé en début d’après midi et nous à promis notre premier uniforme avant le gala et une garde robe complète pour le lendemain soir.

20h, nous étions, Clakett, Aline, Gary, Anizett, Amuramon, Dorine et moi de neuf vêtus, beaux et fiers d’entrer dans la salle de réception. Nous étions à l’honneur et toutes les Célébrités que comptait le grand monde Vagalâmeurs étaient là.
La surprise fut que les amiraux avaient invité les parents de Dorine et les miens. J’étais content de les revoir et pour la première fois j’entendais mon père regretter de n’avoir pas choisi à sa majorité d’être un Vagalâmeur. Avait-il eut aussi un grand souhait et qu’il n’avait osé braver les dangers de l’océan à la recherche d’une inquêtrice ? Je ne posais pas la question car je ne voulais pas de réponse.
Que de bonnes choses sur les longues tables nappées de bleues. Le champagne à bulle vertes coulait à flot et c’est tard dans la nuit, quand j’ai vu les cristaux des lustres tourner à l’envers que je fus soutenu et raccompagné dans ma chambre.
Le lendemain matin, je me réveillais avec le cerveau un peu englué. Un bon bain plus tard je me sentais de nouveau d’attaque.
Vers 11H, alors que je m’apprêtais d’aller à l’ambassade avec Dorine pour rendre une visite à Glassalo, un majordome frappa à la porte et me signala que j’étais, avec le reste de l’équipage du Bouchtrou, convoqué immédiatement par les amiraux.
On nous fit pénétrer dans un grand bureau tout de chêne argenté habillé. Les quatre amiraux nous attendaient et nous invitèrent chaleureusement à confortablement nous asseoir dans les deux canapés en peau de serpent rouge.
L’un deux tenait dans ses mains les feuilles manuscrites de Mirabelle et c’est lui qui entama la conversation.

-        Il va nous falloir écrire quelques paragraphes supplémentaires à notre grand livre de la marine Vagalâmeur et ce document sera remis aux historiens pour écrire le livre des naufragés du Bouchtrou. Dit-il. Quelle aventure ! Souffla-t-il enthousiaste. Je souffre, lieutenant Dorine et lieutenant Mike de n’être pas encore assez admiratif. Quelle épopée !

Le deuxième amiral se leva de son fauteuil et poursuivit.

-        Insoumis, même subissant le supplice !

Le troisième amiral se leva aussi.

-        Imaginatif et téméraire ! S’exclamait-il théâtralement avec de grands gestes.

Le quatrième quitta aussi son fauteuil.

-        Et pour finir, vous subtilisez le navire du capitaine Baccardi. Admirait-il.

Le premier repris.

-        « Lieutenant » avions-nous maladroitement et trop prestement conclus hier…

Le deuxième.

-        Nous nous sommes ridiculisés !

Le troisième.

-        Un manque certain de clairvoyance. Une lacune due à l’ignorance certes…

Le quatrième.

-        Remédions messieurs, remédions sans tarder ! Lieutenant, quelle ineptie presque à la limite de l’insulte ! Capitaine en second ! Oui, capitaine en second Dorine et capitaine en second Mike ! Voilà qui est juste réparation !

Les quatre amiraux se sont remis à leur fauteuil. L’un d’eux tendant le manuscrit de Mirabelle à un garde, il lui ordonna qu’il soit imprimé tel que sur tous les journaux que comptaient les ports Vagalâmeurs ainsi que nos nominations au grade de capitaine en second.
Dorine et moi nous ne savions quoi dire et on balbutiait quelques remerciements embarrassés.
Capitaine en second, ben ça alors ! De mousse à capitaine en second en quelques jours, jamais on n’avait vu ça.
Le premier amiral repris la parole.

-        Maintenant que justice est rendu, dit-il, parlons de vos avenirs. Nous avons en finition un navire de conception révolutionnaire. Un navire sans voile !

-        Sans voile ?!! s’étonna l’enseigne de vaisseau Gary.

-        Parfaitement ! Elles sont remplacées par une roue à aubes encastré sous le navire et la pression, à la place d’être envoyé par des souffleurs dans de la toile est canalisé et pulsé sur des pistons qui font tourner la roue. Avantage, le mécanisme est beaucoup mieux protégé que les souffleurs et les voiles et avec quatre globes nous avons un rendement nettement supérieur ce qui permet un navire plus lourdement armé et moins vulnérable. Il est à ajouter que ce principe permet de faire des marches arrière.

Le deuxième amiral poursuivit.

-        Nous pensions le baptiser «  Yapadlézar mais à la lecture du rapport du capitaine Mirabelle, nous avons jugé qu’il serait bon, pour lui rendre un hommage posthume, de le nommer « Balablen »

Le troisième amiral pris le relais.
-        Ce navire fera ses premiers essais en mer dans un mois et nous sera livré un mois plus tard. Il est bien évident que nous devons constituer un commandement pour ce bâtiment alors, nous désignons le capitaine Clakett, l’enseigne de vaisseau Gary, le lieutenant Aline. Les premiers maîtres Anizett et Amuramon qui en seront les premiers officiers inscrits.

Le quatrième amiral racla sa gorge et acheva.

-        Pour ce qui est des deux capitaines en second Dorine et Mike. Ils seront également embarqués pour y faire l’apprentissage du commandement et nous comptons sur le capitaine Clakett pour assurer leur formation. Cependant, rien n’empêche pour ce qui est de l’enseigne de vaisseau Gary, du lieutenant Aline et des premiers maîtres Anizett et Amuramon de trouver, en attendant d’intégrer le Balablen, un embarquement sur d’autres navires, Nous en seront averti et nous donnerons à leurs capitaines l’impérative consignes d’être de retour dans deux mois au port de Galoban. Nous vous accordons cette liberté car nous n’ignorons pas que le temps qui passe pour un Vagalâmeur est ennemi. Pour le capitaine Clakett et ses deux second, nous le regrettons certes, mais vous devez rester à disposition de l’amirauté et du Balablen jusqu’à votre départ avec ce dernier. Il y a beaucoup de nouvelles techniques à assimiler.

Et le premier amiral de conclure :

-        Nous n’allons pas vous retenir plus longtemps. Mesdames et messieurs, nous vous souhaitons une agréable journée.

F2 épisodes 66, 67, 68 et 69 (fin)





Episode 66

Le Balablen.

Cet après midi, Dorine et moi nous nous sommes rendus à l’ambassade. Sur le chemin tous le monde nous saluait et il est vrai qu’on ne pouvait pas passer inaperçu et encore moins avec notre tout nouvel uniforme de capitaine en second. De jeunes Vagalâmeurs nous touchaient du doigt pour savoir si nous étions de vraies personnes en chair et en os. Quelques uns nous sollicitaient d’une signature au revers de leurs tuniques et même des jeunes femmes sur leurs petites culottes. D’autres nous jalousaient et un écervelé à provoqué Dorine au sabre. Ce téméraire s’est aussitôt fait embarqué par des gardes de l’amirauté. Cette notoriété n’avait pas que des avantages.
Arrivé à l’ambassade du port, Glassalo sauta de joie lorsqu’il nous a vus entrer dans le salon où il était.

-        Dorine, Mike ! Criait-il en rigolant. Ho comme vous êtes beaux ! C’est un habit de quoi ?

-        De capitaine en second. Que je lui répondais avec un petit brin de fierté.

-        Capitaine en second ? Houuuuuu ! Capitaine en second ! Holalalala ! C’est un beau cadeau !

-        Oui très beau…. Et toi Glassalo comment vas-tu ? Lui demanda Dorine.

-        Je vais bien, ils sont tous gentil avec moi sauf lui, je ne l’aime pas. Répondit-il en nous montrant un vieux Creuztatomb avec une jambe dans le plâtre.

Ce dernier haussa les épaules et quitta le salon en clopinant.

-        Tu sais Glassalo, il ne faut pas nous en vouloir de te placer à l’ambassade, c’est la règle, on ne pouvait pas te garder et ici, ce n’est pas comme ailleurs, les non Vagalâmeurs où végétateurs ne peuvent entrer en ville.

-        Ho je sais, ce n’est pas de votre faute…. Je sais que je vais rester ici et qu’un jour un capitaine Kidnapingre me prendra ou que Baccardi viendra me chercher. Moi j’aurais bien aimé être un Vagalâmeur comme vous. Je vous jure que quand je rentrerais dans mon pays, je quitterais la marine, je ne veux plus tuer ou faire prisonniers et vendre de Vagalâmeurs. Non je ne veux plus.

-        Mais que vas-tu faire si tu n’es plus sur un bateau ?

-        J’ai envie de faire des jolies choses avec le bois. Des belles femmes comme vous Madame Dorine. Et c’est vous que je ferai en premier comme ça quand je toucherais, ça me rappellera. Nous disait-il en rougissant.

-        Tiens Glassalo, comme on sait que tu aimes les bonbons, nous t’en avons acheté. Lui annonça Dorine en lui offrant un paquet.

-        Ho c’est gentil ! Ho c’est gentil ! Personne n’a jamais donné autant de bombons à Glassalo…. Si, un peu le capitaine Baccardi mais jamais un paquet entier. Oui c’est gentil…. Je ne pourrais plus tuer de Vagalâmeurs, je le jure !

Nous sommes restés en sa compagnie une petite heure et nous l’avons laissé en lui promettant de revenir dès que nos obligations nous le permettraient.
Ce soir c’était encore une réception en notre honneur sur le Hoturié.
Deux jours plus tard, Anizett et Amuramont s’embarquaient sur le Mangepatou. Un bon navire bien armé avec à son commandement un capitaine et des officiers d’expériences.
Une semaine après, Aline et Gary venaient nous dire aussi au-revoir. Ils partaient sur le Tépacap un navire de la génération du Bouchtrou.
Clakett, Dorine et moi nous trainions de bureau en bureau d’études, de réceptions en réception et le plus souvent possible on rendait visite à Glassalo avec un paquet de bombons.
La vie de célébrité commençait à nous peser. Notre aventure sur l’île avait été publiée sur toutes les gazettes des ports Vagalâmeurs. Nul doute que ça ferait très vite le tour de notre monde et cela n’allait certainement pas redorer le prestige de Baccardi. Sa position connue, tous ces ennemis allaient se précipiter vers l’île de l’ouest pour l’étriper.

Le balablen avait été mis à l’eau, c’était un magnifique navire. Impressionnant de puissance et il nous tardait de larguer les amarres et de partir. A bord, les ingénieurs du chantier naval nous expliquaient le fonctionnement des machineries et de certains autres appareils dernier cris tel que les canons à rotule qui avait l’avantage de ne pas avoir de sabord et donc de rendre plus solide la coque. Nous avions déjà enrôlé quelques nouveaux Vagalâmeurs pour les former et tous les jours des officiers d’autres navires demandaient leur mutation pour le Balablen Ils étaient attiré par le navire mais aussi d’être sous les ordres de héros.

Les premiers essais en mer nous remontaient le moral et confirmaient que nous avions dans les mains un très bel et redoutable outil. Avoir une possibilité d’inverser la rotation de la roue à aube pour faire marche arrière allait nous donner un très gros avantage en combat naval.



Parfois, quand nous n’étions pas accaparés par un gala ou une réception, Dorine et moi on s’amusait. J’adorais être à sa merci et quand ficelé je subissais ses assauts j’en prenais un grand plaisir. Plaisir réciproque d’ailleurs… Elle m’apprenait plein de petites choses et avec grand délice je savais maintenant que les lèvres et la langue d’une femme servait autant que celle des hommes.
De temps en temps, Clakett s’occupait également de nos fesses et Dorine appréciait sa main.

48 jours que nous étions coincés à Galoban. Le balablen était prêt et les nouveaux Vagalâmeurs se pressaient à la coupée pour y avoir les dernières places.
Cela faisait trois jours que Clakett, Dorine et moi avions quittés l’hôtel et pris nos quartiers à bord. Nos cabines étaient confortables et je m’y trouvais beaucoup mieux que dans le grand et luxueux appartement de l’amirauté.
Les jours passaient et maintenant, l’équipage était presque complet. Il manquait Gary, Aline, Anizett et Amuramon. Dorine et moi avions un peu de difficulté à assumer notre statut de capitaine en second et Clakett nous rappelait avec de bonnes claques sur les fesses les responsabilités et les devoirs de notre grade. Il est bien évident que cela se faisait en privé.
Dans six jours nous appareillerons pour cette fois une vraie campagne. Nous attendions avec impatience ce moment et nous guettions le retour du Mangepatou et du Tépacap en espérant qu’ils n’avaient pas fait mauvaise fortune.
Deux jours plus tard le Tépacap accostait. Nous nous précipitions. Le capitaine nous fit monter à son bord, nous invita dans sa cabine pour nous annoncer que l’enseigne de vaisseau Gary et le lieutenant Aline avaient trouvés leur Inquêtrice et Inquêteur. Nous étions un peu déçus, mais c’était une bonne nouvelle.
Le lendemain le Mangepatou accostait avec quelques dégâts apparents. Son capitaine en second nous annonça également Qu’Anizett et Amuramon avaient  rejoint Fantasmagiaire.
Et bien voilà, des naufragés du Bouchtrou nous n’étions plus que trois.



Episode 67

Larguer les amarres.

Les ultimes jours de préparatifs pour le grand départ et enfin le jour J.
Tous les officiels étaient là. Tous croyaient dur comme fer que le Balablen avec sa toute nouvelle technologie, serait la terreur de nos ennemis. Clakett, Dorine et moi, de la passerelle nous écoutions d’une oreille distraite les discours alambiqués qui se succédaient. Notre esprit était déjà sur la mer.
Là-haut, au troisième étage de l’ambassade Glassalo nous regardait d’un balcon, ce matin nous lui avions fait nos adieux en lui laissant une colossale réserve de bombons. Mais ce cadeaux ne pouvait lui ôter l’immense chagrin de notre séparation et même si d’ici on ne pouvait le discerner, nous étions certain que ses pieds baignaient dans la marre de ses larmes.
Les invités et les officiels ont quitté le Balablen. Nous avons largué les amarres et décroché du quai. Rien ne pouvait nous faire plus plaisir. Quel dommage que Mirabelle, Aline, Gary, Anizett, Amuramon et même Lady Dark ne soit pas à nos côtés pour apprécier ce moment et surtout ce magnifique navire. Bah, ils avaient tous réussi leur quête et c’était cela le plus important. Bien sûr Lady Dark en était l’exception mais qu’y faire, pour le moment elle avait décidé de mettre sa quête en suspension et de vivre autre chose.
Sur son balcon, Glassalo remuait le bras, c’était probablement la dernière image qu’on aurait de lui.
Il n’y avait pas deux jours que nous étions en mer qu’un navire Creuztatomb à voulu se frotter au Balablen. Nous avons pu nous rendre compte à quel point ce nouveau mode de propulsion permettait des changements de cap rapide et les Creuztatomb ont certainement apprécié la puissance de feu du Balablen car si nous avons été légèrement touché par trois de leurs boulets on ne leur à pas laissé le temps de tirer une seconde fois. Leur navire en deux salves a explosé en mille morceaux. Les canons de notre bâtiment étaient trop efficaces car s’il y avait des Inquêteurs à bord de ce navire ennemi ils étaient perdus ainsi qu’un éventuel butin. Il nous fallait mieux gérer cette puissance de feu pour suffisamment endommager sans totalement détruire.
Nous avons convoqué tous les officiers artilleurs pour faire le point et mettre en place une stratégie un peu moins radicale. Les prochains combats nous serviront de test.
Avec Dorine, au coucher du soleil nous sommes allés sur le minuscule gaillard d’arrière au dessus du château. Cela nous rappelait de bons souvenirs de quand nous étions fraîchement embarqué sur le Bouchtrou. Pourtant il n’y avait que quelques mois mais ces instants nous paraissaient déjà lointains.
En tant que capitaine en second, nous restions assez proches des jeunes mousses Vagalâmeurs et nous ne refusions jamais de discuter amicalement avec eux. C’était une attitude que nous avait transmise Mirabelle.
Les jours passaient et nous avons enfin adopté une stratégie moins destructrice. Bien entendu les abordages faisaient morts et blessés… Mais relativement limités car grâce aux batteries pivotantes des ponts, nous réduisions de manière efficaces les équipages ennemis avant abordage.
Des morts, des blessés, une longue histoire écrite par le sang ! Notre planète plate était un équilibre étrange où les intérêts s’affrontaient de manière violente. Selon la légende c’est d’une même personne que notre monde était né. Un seul être qui avait, il y a très longtemps, séparé ses pulsions bonnes et mauvaises parce qu’ensembles elles s’affrontaient, elles s’opposaient, elles se contredisaient dans son esprit lui engendrant de terribles maux de tête. Alors il eut l’idée des les diviser en plusieurs territoires sur un monde qu’il avait construit. Il les avait séparés par un grand océan en espérant que plus jamais elles ne s’entrechoqueraient. C’était bien entendu une légende mais tant que l’origine de notre monde n’était pas rationnellement établie, elle continuait d’être racontée comme une hypothèse crédible.
Ce créateur supposé avait de vaine illusion et les utopies, les fantasmes, l’amour, l’amitié, la cupidité, l’avidité, le pouvoir, la cruauté et encore bien d’autres ont vite imaginé le moyen de parcourir l’océan, commercer par affinité et s’opposer.
Toujours selon la légende, l’un des camps finira par l’emporter sur les autres mais la question sera de savoir s’il pourra à lui seul survivre ?
 
Les derniers combats avaient causé quelques dégâts au Balablen. Nous avons mis le cap sur le port de Kédébrum en hissant le pavillon rouge à croix verte. A bord deux Inquêtrices et un Inquêteur avaient trouvé leur Vagalâmeur. Cette escale allait nous permettre de réparer convenablement et peut-être pouvoir remplacer nos disparus.

Sur le quai, les Kidnapingres, les Creuztatombs, Les entoqués et les Crévesueurs s’agglutinaient pour voir notre navire. On pouvait lire dans leurs yeux l’étonnement mais aussi la crainte de nous affronter. Cette frayeur ne durerait pas car nous savions tous que la technologie de propulsion et d’armement du Balablen ne resterait pas longtemps secrète et que dans quelques mois nos ennemis en construiraient d’identiques.

Le soir, à la taverne du port, nous avons appris que Baccardi avait attiré sur l’île, par un feu de détresse, un navire Entoqués. Il les avait piégés dans la jungle et avait fini par leur subtiliser leur navire et s’enfuir de l’île avec ce qui lui restait d’équipage.

-        C’est du Baccardi tout craché. En concluait Dorine devant une pinte de bière de poire.

-        Oui, du grand Baccardi ! que j’ajoutais songeur en pensant à Lady Dark.

Trois jours plus tard nous avons appareillé. Le balablen était comme neuf et le premier bateau Crèvesueur que nous avons croisé c’est enfuit sans combattre. Nous n’avons même pas cherché à le poursuivre, c’était un petit Navire qui ne devait pas avoir beaucoup de richesses à nous offrir.

Deux jours plus tard ce fut une rude bataille contre un bateau Kidnapingre de fort tonnage et même si la victoire nous enjouait et que le butin était conséquent, j’aurais préféré ne jamais croiser ce bâtiment. Un des deux inquêteurs repêchés venait de me prendre Dorine.
C’est au port de Saldimanche que je lui faisais mes adieux et croyez que cette fois j’en avais le cœur gros.


Me voilà donc maintenant seul avec Clakett. De la passerelle extérieure je regardais l’océan. Ils me manquaient tous, Mirabelle, Aline, Gary et bien sur Dorine. Je commençais sérieusement à déprimer tant que je n’avais même plus envie de la moindre petite fessée.

-        Ta mélancolie me peine Mike. Me disait Clakett en m’offrant un jus de fruit.

-        Elle passera dans quelques jours, le temps que je digère et que je me fasse une raison. Lui répondis-je une larme dans les yeux.

-        Pourtant tu savais qu’un jour cela arriverait.

-        Oui… Je suis très content pour elle, mais nous avions vécu tellement de choses ensemble que c’est vraiment dur. Oui très dur…

-        Un jour toi aussi tu débarqueras à Fantasmaginaire et vous vous retrouverez.

-        Un jour… Je commence à ne plus y croire. Devenais-je pessimiste.

-        Il ne faut pas dire ça Mike, il faut toujours garder l’espoir. Je suis depuis plus longtemps que toi en quête mais l’espoir ne m’a jamais quitter et je peux même dire que ces dernier temps il brûle intensément. Vous avez eut beaucoup de chance Dorine et toi quand tant d’autres Vagalâmeurs ont perdu la vie dans cette quête.

-        Tu as raison. Mais…

-        Ton tour viendra Mike, j’en suis absolument certaine !

-        J’aimerais avoir ton optimisme.

-        Viens donc manger un peu, ça va te changer les idées. Me tira-t-elle pour me conduire au carré des officiers.

Trois mois que Dorine avait quitté le Balablen pour fantasmaginaire. Nous allions de victoire en victoire. Certains abandonnaient même leur navire avant de combattre, le Balablen était vraiment la terreur de l’océan. Contrairement aux autres officiers et à l’équipage, cela ne me réjouissait pas… Cela ne me réjouissait plus ! J’étais las de voir les Inquêtrices et Inquêteurs donner leurs mains à d’autres. Mon souhait ne brillait-il pas assez ?
Hier encore, trois Vagalâmeurs. Une galère impériale est passée en chercher deux  et nous nous dirigeons vers le port de Fopadékoné pour débarquer le dernier couple.
Clakett faisait bien plus que m’épauler, elle était ce que j’avais de plus chère dans ce monde.
A notre arrivé, quelle ne fut pas notre surprise à Clakett et moi de découvrir un navire flambant neuf dont nous connaissions bien le profil. C’était la copie conforme du Troudanlo sauf la couleur et quelques modernités d’artillerie.
 L’identité de son capitaine ne pouvait faire de doute car sur sa coque était inscrit «  TROUDANLO 2 » Incroyable, ce diable de Baccardi s’était refait une santé !

C’est un peu plus tard en fin d’après-midi que Clakett et moi revenant de l’administration du port nous avons vu Baccardi sur le quai. Visiblement il nous attendait, il était seul et sans arme.

-        Bonjour capitaine Clakett, bonjour capitaine en second Mike ! Nous lança-t-il joyeusement.

Nous lui retournions sa politesse. Six gardes impériaux s’approchèrent. Baccardi les regarda en leur faisant signe qu’il n’avait nullement l’intention d’enfreindre la loi sur la zone neutre qu’étaient les ports.

-        Nous avons appris comment vous vous êtes sorti de l’île. Lui dit Clakett.

-        Pfff, Facile ! Les entoqués sont des barbares sans cervelle ! Répondit-il en s’accompagnant d’un rire.

-         Et Lady Dark ? lui demandais-je.

-        Aaaah cette chère Lady Dark ! Irremplaçable Lady dark ! Un Inquêteur l’attendait sur un riche navire Creuztatomb tombé entre mes mains. Elle est maintenant à Fantasmaginaire… Comme je la regrette. Une aussi bonne cuisinière ne devrait pas être Vagalâmeur. Qu’y puis-je, sinon de me faire une raison et n’avoir juste que le souvenir de ses bons petit plats.

-        Et bien de notre côté c’est Mirabelle, Aline, Gary, Anizett, Amuramon et Dorine qui sont à Fantasmaginaire. Que je lui annonçais.

-        Quel dommage, moi qui me faisais un plaisir de vous inviter tous à dîner ce soir, mais ils le méritaient tous.

-        Êtes-vous sérieux Capitaine Baccardi ? Lui demanda Clakett.

-        Absolument capitaine et puisqu’il ne reste que vous deux mon invitation tient toujours.

-        Je suis désolé capitaine Baccardi mais ce soir j’ai une réunion avec mes officiers supérieurs mais le capitaine en second Mike, s’il le désire, pourra honorer votre invitation. Lui répondit Clakett.

-        Qu’est-ce que ce piège capitaine Baccardi ? Le soupçonnais-je d’un coup fourré.

-        Capitaine en second Mike, je vous donne ma parole qu’il n’y a aucune sorte d’entourloupe. Non, c’est fini, j’ai fais une croix sur nos différents. Vous avez gagné et je suis bon perdant. De plus, grâce à ce navire Creuztatomb très bien armé et qui avait les calles pleines, je me suis redressé très rapidement. Belle aventure, voilà ce que j’en tire aujourd’hui.  Venez à mon bord dîner en toute amitié capitaine en second Mike et je vous promets que vous ne le regretterez pas.

-        D’accord, je vous fais confiance capitaine Baccardi. A quelle heure ?

Il consulta sa montre à gousset et :

-        20 heures ça vous va ?

-        Parfait ! Que j’acceptais.



Episode 68

Le dîner de Baccardi.

A 20 heures précise je montais à bord du Troudanlo 2. Baccardi m’attendait sur le pont et à ma grande surprise son équipage était aligné au garde-à-vous. Dans le tas je reconnaissais Radukou, Fassoven, Poirovin, Granpeti, Ematom et quelques autres. C’était amusant de les voir ainsi me rendre les honneurs, moi un Vagalâmeur.
Je n’étais pas candide, c’était sur ordre de Baccardi et non de leur propre initiative.
Baccardi me conduisit à ses quartiers. Dans sa salle à manger privée il m’invita à m’asseoir et me servit du champagne à bulles vertes.
C’est bien la première fois que nous étions face à face en paix.

-        Vous voilà devenu capitaine en second. Une promotion rapide. Rigola-t-il.

-        Vous y avez beaucoup contribué capitaine Baccardi. Que je lui répondais ironiquement.

-        Laissons tomber les « vous » et les « capitaine » nous sommes ce soir entre vieilles connaissances alors appelle-moi Baccardi tout simplement.

-        D’accord, idem pour moi.

-        Donc j’ai participé à ta promotion… J’en tire une certaine fierté d’ailleurs. Tu te rends compte, Dorine et Mike, les plus jeunes capitaines en second de l’histoire, toutes marines confondues. Et moi, Baccardi, j’étais de ce coup là !

-        Un coup qui vous a momentanément ruiné.

-        Il m’a fait connaitre Lady Dark c’est déjà beaucoup. Mais aussi, je peux te l’avouer maintenant, votre évasion m’a évité des remords.

-        Des remords ?

-        Si je vous avais vendu au Crevesueurs j’en aurais eut. Me disait-il les yeux dans les yeux.

-        A ce point ?

-        Oui cher Mike, à ce point. La vengeance m’aveuglait mais dans le fond je vous aimais bien jusqu’à avoir une certaine admiration. Le meilleur élément de mon équipage ne vous vaut pas…. La preuve, Certains ont même réussi à se faire berner et vous laisser le Klakoven. Paix leurs âmes ! Je sais tout dans les détails parce que vos journaux ont publié le rapport du capitaine Mirabelle. Je ne peux que m’incliner. Vous avez eut du cran et de la lucidité.

-        Faut dire que Dorine et moi on avait la haine.

-        C’est sûr que je vous en avais fait baver, ça aide. Ha, ha, ha, ha !

-        Et tu avais en plus l’intention de poursuivre !

-        Hummm, Je ne crois pas que je vous aurais encore tourmenté longtemps…. Enfin je n’en sais rien… Mais buvons Mike, Buvons à cette belle aventure.

-        Et Chapoklak ? Elle n’était pas sur le pont à mon arrivée. Que je l’interrogeais en reposant mon verre.

-        Ha oui, Chapoklak…. Elle était devenue jalouse de Lady Dark et je crois que si je n’y avais pas mis le holà elle me l’aurait trucidé quelque part dans la jungle.

-        Et c’est quoi le « Holà »

-        C’est radical et définitif ! Me répondit-il avec son petit rictus.

-        Personnellement, si je peux donner mon avis, elle ne méritait que ça.

-        Peut-être… Fit-il pas tout à fait convaincu. Dis-moi, c’est un sacré Navire le Balablen, tout le monde en parle et surtout, personne ne veux le rencontrer. Paraît que les ingénieurs de votre chantier naval ont trouvé une technique de propulsion révolutionnaire.

-        C’est exact !

-        Egalement de nouveaux canons bien plus puissants, rapides et mobiles.

-        C’est encore exact mais je ne t’en dirais pas plus.

-        Je ne te demande rien sachant que de toute façon tu ne me dirais rien et ce n’est pas le but de mon invitation. J’ai vu votre navire et je le trouve impressionnant mais personne n’est invincible et le Balablen ne me fait pas peur.

-        Tu devrais pourtant.

-        Il me semble avoir connu deux mousses même pas artilleur qui sont les seuls sur tout l’océan à avoir mis un boulet dans le tube d’un extracteur et les mêmes avec rien dans les mains ont réussi à tromper le tiers d’un équipage Kidnapingre armé.

-        C’est vrai Baccardi, c’est vrai… Tu as raison, il n’y à rien d’impossible comme rien d’invincible.

Une bonne odeur de cuisine arrivait doucement dans la pièce.

-        Si j’en crois ces vapeurs parfumées, tu as engagé un nouveau maître coq qui ne doit pas être maladroit. Lui dis-je.

-        Oui il est bon mais dans notre monde je ne trouverai jamais d’équivalent à Lady Dark. Répondit-il en plaçant lui même assiettes et couvert sur la table.

-        Nous sommes trois ? Le questionnais-je en comptant les assiettes.

-        Oui Mike, le maitre coq dîne avec nous. Il ne devrait d’ailleurs pas tarder.

A peine avait-il dit cela que la porte s’ouvrait.

-        Glassalo toi ! que je m’exclamais de surprise et de joie en reconnaissant sa bouille sous sa toque.

De son bras il me serra le cou à m’en faire perdre la respiration.

-        Mike, Mike Mike ! Que je suis content de te revoir hurlait-il joyeusement en me secouant dans tous les sens.

Baccardi le décrocha de mon pauvre cou et le fit s’asseoir.

-        Tu aurais dû me dire Baccardi, j’aurais apporté des bombons. Lui dis-je en me massant la nuque.

-        Il en a plus qu’il n’en faut jusqu’à s’en gâter les dents. Me répondit-il en lui jetant un regard paternel.

Glassalo sautait de joie sur sa chaise.

-        Tu sais Mike, rigolait Baccardi, quand il a su que tu viendrais dîner ce soir, il est devenu comme fou.il regrette simplement que Dorine ne soit pas avec toi. De ta copine Il en a fait des dessins partout dans sa chambre et même une petite sculpture en bois.

-        Sacré Glassalo ! Dis-moi, tu es content d’être de nouveau avec le capitane Baccardi ? Lui demandais-je.

-        Ho oui et faut que je te dise, j’ai tenu ma promesses, oui Mike j’avais juré et j’ai pas tué de Vagalâmeur. Demande au capitaine Baccardi ! Hein capitaine, hein capitaine ?

-        C’est vrai, je peux en témoigner et c’est bien le seul Kidnapingre ainsi. L’exception qui confirme la règle.

-        Tu l’as récupéré à l’ambassade de Galoban je suppose ?

-        Oui, un Crèvesueur m’avait renseigné que le Klakoven y était et qu’il y avait un de mes membres d’équipage un peu dingue qui était arrivé avec vous. Ce ne pouvait être que Glassalo. Maintenant il est maître coq sur le Troudanlo 2 et je dois dire qu’il se débrouille plutôt bien.

-        Oui, oui, C’est capitaine Baccardi qui est venu me chercher. S’agitait joyeusement Glassalo.

Le capitaine tira sur un cordon pour qu’on n’apporte les plats et qu’on nous serve. Il posa une main tendre sur la tête de Glassalo et me dit :

-        Vous ne l’avez pas tué, il m’a expliqué et pour ça je vous dis merci ! j’ignore ce que nous réserve l’avenir mais je peux t’affirmer que tant que tu seras avec Clakett aux commandes du Balablen, si jamais on se croise, je regarderais ailleurs et je changerais de cap. Un jour, vous trouverez votre Inquêtrice et Inquêteur. Quand je l’apprendrais, je m’occuperais du Balablen.

Le dîner fut très agréable accompagné de bonnes blagues, de bons vins et le souvenir de la magistrale fessée que feu Patapin m’avait administrée. Un passé qu’on évoquait sans haine…. Juste les anecdotes d’une périlleuse et formidable aventure.
Ce fut tard dans la nuit que je suis remonté à bord du Balablen.



Episode 69

L’inquêtrice.

Le lendemain en fin de matinée nous avons appareillé. Au passage Baccardi et Glassalo nous ont salués.

La vie à bord me devenait monotone. J’en avais soupé des combats navals, des coups de sabre, du sang et des Vagalâmeurs qui fermaient à jamais leurs yeux. Clakett avait beau faire tout ce qu’elle pouvait mais mon moral ne cessait de vertigineusement dégringoler. Si elle n’était pas avec moi, je crois que je me serais déjà balancé à la flotte. Chaque inquêtrice ou inquêteurs récupérés regardaient Clakett d’une étrange façon et chaque fois je craignais qu’ils me prennent mon unique bien. Elle était mon réconfort, ma douceur, mes petites violences quand mes fesses le réclamaient. Elle était mon indivisible bouée dans cette mer de sauvagerie et je passais de plus en plus de temps dans ses bras. Je passais de plus en plus de temps à me perdre dans l’envoutement de ses yeux unique endroit où je me sentais bien. Nous avions une complicité qui me faisait parfois oublier ma quête. Hier soir, elle m’avait sauté dessus et attaché à mon lit après m’avoir flanqué une copieuse fessée. Sans défense, je fus son esclave sexuel. A son tour, armée d’un martinet, elle me soumettait au jeu d’un amour particulier. Je succombais quand elle s’empalait sur moi, je savourais son sexe, je dégustais le feu des lanières quand ma fougue faiblissait.
Elle m’apprenait de nouveau jeu, elle me testait et je succombais de cet amour si particulier. J’étais à elle, rien qu’à elle, elle était à moi, rien qu’à moi et je n’avais qu’une hantise, c’est qu’un jour prochain un Inquêteur me l’enlève. Je n’y survivrais pas !
Un matin, regardant l’horizon, je lui avouais pour la première fois de vive voix mon amour pour elle. Bien sur, cette union était impossible parce qu’elle était sans avenir dans ce monde où inquêtrice et inquêteur un jour nous sépareraient. Un amour intense mais éphémère car la vie pouvait d’un moment s’arrêter d’un coup de sabre, d’une balle, d’un boulet ou d’être esclave des Crèvesueurs.  
Et l’un de nous deux, avec de la chance, sentira un jour sa main prise par une inquêtrice ou un inquêteur. Etrangement, pour moi je n’y voyais qu’un seul avantage, celle d’enfin vivre dans un monde en paix et retrouver mes amis. Au fond de moi, j’étais persuadé qu’aucune Inquêtrice ne pourrait remplacer Clakett.
Elle avait sourit de ma déclaration et je ne sais pourquoi, je sentais en elle un soulagement comme si elle attendait cette révélation depuis longtemps. Elle me déposa un petit bisou sur la joue avant de rejoindre la passerelle et ordonner qu’on mette le cap sur le territoire Végétateur.

Deux semaines plus tard, nous sommes arrivés au port de Galoban et nous avons amarré le Balablen juste derrière une galère impériale qui attendait certainement le retour d’un navire. Pas le notre, nous n’avions pas d’inquêteur et d’élu à bord.
Appuyé sur le bastingage je regardais ce magnifique navire laqué et enluminé de dorures. Mes yeux s’enivraient en suivant les méandres compliqués de ses décorations. Je contemplais ce navire qui allait encore emporter des heureux vers Fantasmaginaire. Et moi…. Moi dans deux jours je serais sur l’océan à traquer l’ennemi et fêter mes 19 ans entre deux abordages. Une année déjà et j’imaginais les bougies s’accumuler et vieillir, vieillir et vieillir avec mes gallons. Je pensais à Dorine, Aline, Mirabelle, Lady Dark et Gary. Que faisaient-ils en ce moment dans ce paradis sans guerre et sans prédateurs. Je ne doutais pas de leur bonheur pas plus que de mon malheur.
Clakett m’a rejoint.

-        Alors Mike, tu rêves ? M’interrogea-t-elle.

-        Oui… Que je soupirais.

-        Elles sont vraiment magnifiques ces galères.

-        Oui… Que je soupirais encore.

-        Elle va bientôt partir pour Fantasmaginaire.

-        Oui… En soupirant toujours.

-        Elle n’attend que son Inquétrice et son Vagalâmeur qui iront s’enlacer dans la douceur de ses appartements.

-        Oui…

-        Viens Mike, il est temps de partir, nous n’avons plus rien à faire ici. me déclara Clakett.

Je tournais mon visage vers elle avec un peu d’étonnement et bien plus encore quand de son ongle elle gratta le maquillage qui avait toute cette aventure camouflé sur sa joue droite la petite pastille nacrée.
Elle me tendit la main, j’y déposais la mienne.

-        Fantasmaginaire nous attend Mike !


                                  FIN